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Edith (Le Jardin de Minuit), l'interview

Franco-belge Le 22 mai 2015
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par Elsa
Edith (Le Jardin de Minuit), l'interview

Edith signe dans la très belle collection Noctambule une adaptation libre du Jardin de Minuit de Philippa Pearce. C'est une bande dessinée aussi jolie que poétique, où Tom, petit garçon vivant dans les années 50, voyage dans le temps, et fait la rencontre de la jeune Hatty, qui elle vit au XIXème siècle. Leur histoire d'amitié prend place dans le secret d'un magnifique jardin.

Un très doux regard sur l'enfance, l'imagination et les souvenirs, quand l'ennui se transforme en une extraordinaire aventure.

L'auteure revient pour nous sur la naissance de ce projet, et sur son travail sur cette adaptation très réussie.

Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?

Diplômée de l’ENSAD,  je rejoins Riff, Cromwell et Qwak comme satellite de l’atelier Asylum au milieu des années 80. Mon premier album, Sati, le tome 1 des aventures de Basil et Victoria sur un scénario de Yann, est publié en 1990 aux Humanoïdes Associés. J’ai ensuite continué à réaliser des bandes dessinées chez différents éditeurs en alternant avec des illustrations pour la littérature jeunesse, essentiellement pour les éditions Pastel.

Comment est née l'idée d'adapter cette histoire ?

Clotilde Vu, la directrice de la collection Noctambule m’avait proposé de faire une adaptation pour sa collection. Comme elle fait un super travail et qu’en plus je rejoignais dans cette collection Riff et Cromwell, je me suis lancée. J’ai fait une liste des livres que j’aimerais adapter. J’ai écarté ceux que je savais ne pas pouvoir mettre en images, c’est-à-dire ceux qui m’auraient amené à dessiner des chevaux, des immeubles, des appartements modernes, des voitures (et tout autre engin à moteur). Le Jardin de Minuit s’est imposé .

Comment s'est passé votre travail d'adaptation ?

Plus facilement que je ne l’avais d’abord imaginé. C’était la première fois que je me pliais à l’exercice de l’adaptation et la première fois que je travaillais seule sur un album mais finalement ça a été assez évident. Cela tient aussi au fait que j’ai énormément aimé ce livre quand je l’ai découvert à l’âge adulte et l’ai relu plusieurs fois depuis. Et je savais donc ce que j’aimais dans ce roman .

Vos personnages, les images que l'on retrouve dans la bd sont-ils instinctifs, imaginés dès la lecture, ou les avez-vous créés ensuite en travaillant sur le récit ?

Je les ai créé graphiquement pour l’adaptation mais je me suis rendu compte que là aussi il y avait une évidence suite à mes relectures de ce roman. J’avais tous ces éléments graphiques sous le crayon et ne me suis pas vraiment posé de questions.

En plus de l'oeuvre originale, avez-vous effectué un gros travail de documentation pour cette bande dessinée ?

Je suis allée me promener dans de magnifiques  jardins anglais, pendant quelques jours au mois de juin avant de commencer l’adaptation. Un vrai bonheur !

Et j’ai eu accès a des photos de l’extérieur de la maison d’enfance de l’auteure Philippa Pearce, celle qui lui a inspiré le cadre du roman.

Qu'y a t'il de plus difficile dans le fait d'adapter librement une oeuvre littéraire ?

N’ayant aucune expérience puisque cet album est ma première adaptation, et que celle-ci a été plutôt aisée, je dirais que c’est peut-être de déterminer un parti pris. Mais si je devais me lancer dans l’ adaptation d’ un autre roman, je rencontrerai peut-être d’autres difficultés propres à un autre récit .

Et à l'inverse, qu'est ce qui est le plus plaisant dans cet exercice ?

Je ne me suis jamais lancé dans l’écriture d’un scénario, même si j’ai plusieurs idées dans mes tiroirs, mais je ne me sentais pas capable de construire une histoire. Le fait de pouvoir s’appuyer sur une trame narrative m’a enlevé toute difficulté pour écrire .

Le jardin de Minuit est un roman jeunesse. Avez-vous vous-même envisagé cette adaptation à destination des jeunes lecteurs, ou plutôt pour les adultes ?

Ayant découvert et aimé ce livre à l’âge adulte , j’avais l’intention de plutôt m’adresser à des adultes, même si je savais que je pourrais donner à cet album une identité “tout public“. La lecture qu’en fera un enfant sera bien sûr différente de celle qu’en fera un adulte, avec l’éventuelle transposition de souvenirs d’enfance qu’un adulte peut intégrer au récit des souvenirs d’Hatty.

Qu'est ce qui vous touche le plus dans ce récit de Philippa Pearce ?

Cette possibilité d’entrer dans un espace d’éternité pour retourner dans des souvenirs heureux. Mais sans nostalgie pour ma part, car le principe de faire entrer le héros dans le souvenir d’une autre personne permet la distance avec la nostalgie. Je ne suis pas dupe du fait que ce récit peut jouer avec le fantasme de l’enfance perdue mais c’est un univers qui résonne en moi et j’ai vraiment aimé y entrer et m’y perdre avec Tom. L’intention de l’auteure était sans doute un peu différente. Fréderic Bezian qui a écrit la postface de l’album le dit très bien : "Il aura fallu sa tendresse naturelle et son amour pour, en écrivant, faire basculer dans le merveilleux ce qui, chez tout autre, transforme en névrose un deuil non accompli".

Vous êtes-vous replongée dans vos propres souvenirs d'enfance pour mettre en scène cette histoire, et pour imaginer ce jardin incroyable ?

Bien sûr. Il y a des éléments qui m’ont paru évidents car proches de ce que j’ ai pu vivre dans mon enfance . Même si je n’ai jamais passé de vacances dans un jardin anglais, mais dans la campagne française, chez mes grand-parents (un classique), entre les meules de foin et les bouses de vache et dans le jardin de la région parisienne où je vivais. La cabane dans l’arbre, la lumière d’été, les cachettes, autant d’éléments qui m’étaient familiers .

Le jardin est finalement un personnage de l'histoire. L'avez-vous entièrement construit en amont de l'écriture, ou par petites touches pendant que les héros s'y promènent ?

Je n’ai fait aucun plan du jardin. Je voulais qu’il soit infini. Je voulais y entrer et le découvrir avec Tom. J’ai respecté certains éléments du roman, comme la serre, le bassin, le petit pavillon, l’allée d’arbres, la haie et son passage secret qui donne sur le champs. Pour le reste j’ai composé le jardin au fur et à mesure, soit en fonction du scénario et des éléments nécessaires, soit juste pour le plaisir graphique....

Il y a quelque chose de très moderne dans cette histoire, où les héros voyagent dans le temps. Ressentait-on autant cette modernité dans le roman, ou est-ce un point que vous avez voulu appuyer ?

Sur la forme, j’ai voulu moderniser l’histoire en gommant certaines références et en adaptant les dialogues. Peut-être que la modernité vient aussi des personnages de Tom et Hatty. J’ai dans l’idée qu’un enfant au XIXème siècle ou dans les années 50 reste un enfant même si l’éducation et les conditions de vie pouvaient être très différentes de maintenant. Et je voulais aussi qu’ils aient une allure qui ne soit pas empreinte des références emblématiques d’une époque, comme par exemple les costumes, les coiffures. Hatty est coiffée et habillée simplement, elle n’est pas une gravure de mode, plus proche des références photographiques . Pareil pour Tom ou pour l’appartement de Oncle Allan et Tante Gwen. Je ne voulais surtout pas en faire une vitrine du design 50’s . Je me suis dis que ces gens modestes vivaient sans doute dans un mélange de meubles anciens et de meubles contemporains simples .

Quelles techniques avez-vous utilisé sur le dessin de cette bande dessinée ?

J’encre sur papier et je passe un lavis bleu pour déterminer les lumières . Ensuite je colorise sur ordinateur .

Graphiquement, quelles sont vos influences ?

J’aime beaucoup certains illustrateurs  de la fin du XIXème siècle et début du XXème . Par exemple certains qui ont travaillé pour la revue Punch, ou pour la revue Simplicissimus, ou encore Fliegende Blätter, mais aussi Ronald Searle, Harvey Kurtzman, Beuville ... J’en oublie plein, évidemment. Mais je dois dire que je suis plus influencée par des illustrateurs voire des peintres que par des dessinateurs de bandes dessinées, même si je suis admirative devant le travail de certains .

Y'a-t'il d'autres oeuvres qui vous donneraient envie de les adapter en bande dessinée ?

Oui. Mais mon problème comme je le disais plus haut est qu’il y a beaucoup de choses que je n’aime pas dessiner parce que je ne pense pas savoir les dessiner, ce qui restreint la liste. Alors, avant d’adapter un autre roman, je dois encore apprendre .

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Le Jardin de Minuit Le Jardin de Minuit 2015
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