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FIBD 2016 : Vincent Brugeas & Ronan Toulhoat (Le Roy des Ribauds), l'interview

Franco-belge Le 17 fev 2016
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par Republ33k
FIBD 2016 : Vincent Brugeas & Ronan Toulhoat (Le Roy des Ribauds), l'interview

Duo d'artistes très en vogue dans le petit monde la BD, Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat s'étaient imposés dans le milieu avec Block 109 (paru aux éditions Akileos en 2010) une uchronie qui se poursuit toujours dans une série de one-shots.

Depuis, on connaît les deux auteurs pour Chaos Team, série de S-F construite au format comics, et Le Roy des Ribauds (dont le second livre sort aujourd'hui dans les librairies) sans doute la plus aboutie de leurs œuvres, comme ils vous l'expliqueront dans cette interview réalisée à l'occasion de la 43eme édition du festival d'Angoulême. Le tout dans la joyeuse atmosphère qui caractérise parfaitement bien les deux lurons.

 

Vincent Brugeas et Ronan Toulhoat, l'interview historique

 

• Bonjour Vincent, bonjour Ronan ! Jouons cartes sur table : un an après le lancement du premier Roy des Ribauds, et à l'aube de la sortie du second livre, qu'est ce qui a changé pour vous ?

Ronan : tout va très très bien ! On a vu plusieurs choses : un accueil critique presse, un accueil critique métier et un acceuil critique public assez unanimes ! C'est à dire que la plupart des gens nous disent que c'est vachement bien ! Ça fait plaisir à l'égo, et même si on a pu faire quelques conneries, unanimement, la série est bien reçue et on l'a un peu compris comme ça : "ça y est, les deux gars-là, ils rentrent dans le métier !"

Vincent : On est un peu adoubés par certains, c'est sûr !

Ronan : Editeurs et auteurs surtout !

V : Et je crois que ça nous amène à un nouveau niveau de visibilité, un peu comme si on passait un palier : "on savait que vous existiez, on savait que vous faisiez des trucs, que vous vous amusiez bien etc"  mais là - c'est d'ailleurs un journaliste qui me l'a dit : "ça fait un moment que je vous surveille mais vous êtes passés à quelque chose de sérieux."

R : Et tous les deux, on a vu des grosses maisons éditoriales s'intéresser à nous pour nous proposer des choses, ensemble ou séparément d'ailleurs.

• Et justement qu'est-ce que vous préférez, qu'est-ce qui est le plus cool ?

En cœur : Tout !

R : Tout parce que là c'est notre essor commun qui commence à prendre ! Après est-ce que toutes ces promesses vont se réaliser ? Il faut rester prudent, mais je pense qu'on peut y croire, on ne peut pas se plaindre !

V : Surtout par rapport à la situation du moment, on ne peut pas se plaindre de ce qui nous arrive et je pense que les gens ont vu qu'avec Le Roy des Ribauds - non pas que ça nous avait manqué dans Chaos Team - on revenait à une certaine forme de sincérité. Nous avons vraiment fait cet album sans penser aux autres. Nous n'avons pensé qu'à nous. Qu'à se faire plaisir. Et ça s'est vu. Juste après Block 109 ont avait essayé de faire des choses qui plaisent, et là c'est la première fois qu'on ne fait pas ce genre de choses et ça fonctionne ! Donc c'est qu'on doit avoir trouvé la bonne formule !

R : Il n'y a pas de vraie formule d'ailleurs, il s'agit juste de se faire plaisir sur les projets, et le public le ressent !

• En ce moment on voit pas mal de BD historiques arriver sur le marché. Mais sous un autre angle, plus romancé, ou fantasmé : vous percevez cette tendance ?

V : Là je pense qu'il y a un énorme effet Game of Thrones. Game of Thrones en fait, c'est une série fantastique qui est parfois plus réaliste historiquement que les séries historiques sur une certaine période. Donc l'auteur (George R.R.Martin) est intéressé par l'idée de faire du vrai, de faire quelque chose de relativement réaliste, tout en gardant une part de magie. Pour faire du Game of Thrones, entre guillemets, bah en gros il faut de l'Histoire mais fantasmée. Voilà. Nous on l'a vendu comme ça hein ! Une sorte de Game of Thrones sous Philippe Auguste, parce que c'était la chose la plus simple à faire. Moi j'avais lu Les Rois Maudits (de Maurice Druon) en 2003, quand on m'avait parlé de Game of Thrones et qu'on m'expliquait que c'était inspiré de ces bouquins. Et c'est dans les Rois Maudits que je trouve le personnage du Roy des Ribauds ! Après en lisant Game of Thrones je me suis dit : "c'est ça que je veux faire ! Si les gens sont capables d'aimer ça, je veux le faire !" et je pense que Game of Thrones a ouvert les vannes en disant que c'était possible de le faire, justement. On a le droit de faire, parce que ça marche. Et je pense qu'il y a des gens qui avaient gardé des projets sous le coude qui les ont sortis grâce à ça !

R : C'est vrai que ça a toujours été le genre d'histoires qu'on voulait faire, au final ! C'est notre ADN et on pouvait le retrouver sur un Block 109, quelque part ! Où on est dans de la lutte politique qui donne le ton au récit ! C'est assez naturel de notre part de revenir à ça et en plus le Roy des Ribauds, c'est un projet qu'on a depuis 2003 également, donc il a mûri en fonction de nos envies et de notre professionalisation, on va dire .

• On était du côté du scénario : passons aux dessins. Ce que j'aime dans le premier Roy des Ribauds c'est sa vraie empreinte comics, qui n'est pas juste là pour donner un genre à la série. Est-ce qu'on peut attendre la même chose du Livre II ? Et comment les gens ont réagi à cet aspect  ?

R : Effectivement sur le tome 1 on était sur du thriller, du polar, du format comics, moi je voulais vraiment faire des appels à des dessinateurs comme Eduardo Risso ou Frank Miller. Faire appel à ces polars "noir" américains, qui reposent sur un encrage très fort, dense et contrasté. Et donc je l'ai vraiment pensé comme ça et évidemment dans la narration je voulais  que ça vive, je voulais exploiter la page et là je crois que j'ai peut-être été un peu trop loin dans le découpage ! Avec des spalsh pages et des cases de fond éclatées, des perspectives de ouf, ou du noir très très présent... Et je ne pensais qu'à ma propre expression mais il y a quand même pas mal de gens - malgré la démocratisation du format comics - qui ont pu être gênés par ça, parce qu'ils n'ont pas forcément l'habitude de lire du comics ! Mais c'est marrant parce que moi je ne crois pas avoir fait du comics, quand on parle de comics c'est encore plus radical ! Il y a des fois où c'est même carrément illisible, même pour les gens qui aiment ce genre de BD. Et au final je me suis dit que j'allais m'assagir un petit peu en utilisant le côté original ou les angles de vue de fou pour LE bon moment. Et c'est quelque chose auquel on a beaucoup réfléchi ensemble.

V : Après pour ce qui est du format c'est une volonté de notre part. On est beaucoup plus à l'aise là-dessus que sur un format A4, tout simplement ! Il y a pas la même rythmique, c'est une façon de travailler différente, et qui nous convient plus quand on est tous les deux. C'est pas une volonté de faire du comics pour faire du comics du coup  ! On avait fait Block 109 sur ce format et on a voulu y retourner après les one-shots de la série. A la rigueur, la tentative "comics" était beaucoup plus présente dans Chaos Team, avec des chapitrages de 20 pages, des choses comme ça.

R : Sur Le Roy des Ribauds la partie comics elle est surtout dans l'encrage, qui est très dense et beaucoup plus américain que franco-belge. Mais c'est ce qu'il doit être pour moi aussi : plus fort, il doit être narrtif, accompagner, et ne pas être simplement un trait posé sur un crayonage. Après il y a des gens pour qui ça donne une ambiance très sombre, très noire, très violente. Mais ça fait partie intégrante de l'histoire de ce polar.

• Avec tout ce que vous me dîtes là, j'ai l'impression d'observer une forme de maturité : dans votre collaboration, pour votre série et aussi dans le fait que vous soyez reconnus dans l'industrie. Mais vous l'avez senti tout de suite ? Ou il y a eu un moment bien précis du style : "ouais on est en train de faire un truc chanmé" !

R :  J'étais persuadé que l'idée de Vincent pour Le Roy des Ribauds ça serait forcément un truc chanmé. Il y a des trucs comme ça dans lesquels j'arrive à me projeter à fond. Mais Vincent était beaucoup plus dubitatif que moi, surtout après l'échec, entre guillemets, de Chaos Team. Et moi j'en avais besoin pour me changer les idées. Vincent était en dessous de terre et il avait vraiment du mal à avoir confiance en son travail. Progressivement on y a cru mais jusqu'à la sortie du livre I, Vincent n'y croyait pas du tout !

V : J'y croyais tellement pas que j'ai travaillé pour me faire plaisir à MOI. Écrire ma petite histoire dans mon coin. Et je crois qu'en y croyant pas du tout, j'ai fini par aider les gens à y croire, bizarrement. Après en termes de maturité, Chaos Team m'a vachement aidé : se mettre des barrières à la con du style 20 pages par épisode c'est un exercice qui m'a beaucoup aidé, comme les 56 pages de Block 109 ! Au fil des albums on finit par être un peu meilleur qu'au début. Et je trouve ça hallucinant, parce que dans un Roy des Ribauds j'ai moins de pages que dans Block 109 mais pourtant j'en dis deux fois plus ! Parce que j'ai appris à gérer tout ça dans un minimum de place possible, ce qui fait qu'on peut aussi avoir des planches muettes.

R : De mon côté la maturité se fait au fil des albums, progressivement. Sur le dernier tome de Chaos Team je sentais déjà que j'avais beaucoup plus de fluidité dans mon trait mais je voulais vraiment me mettre à l'encrage. Je m'étais exercé sur les pages de chapitre de Chaos Team et je sentais que j'étais prêt ! Et du coup en me lançant sur les pages, ça sortait tout seul. C'était ultra jouissif de dessiner le livre I et le livre II est toujours dans cette mouvance donc je pense que pas mal de choses ont convergé sur cet album, pour qu'on puisse enfin faire celui qu'on voulait. Globalement. L'album d'une certaine maturité, en fait.

V : Et puis il faut voir une chose : en faisant Chaos Team on avait d'autres idées mais on était pas encore prêts. Le Roy des Ribauds on l'a souvent relancé en disant : "non là on est pas prêts" et quand enfin on s'y est mis on se sentait prêts, donc inconsciement ça joue, et ça nous a mis sur la voie de ce projet là.

• Corrigez-moi si je me trompe, mais il y a quelques années de cela, vous vous décriviez volontiers comme des artisans, et non des artistes. Est-ce que ce qualificatif a changé ? Peut-être que la maturité vient de là, non ?

R : Je pense qu'on est assez paradoxaux là-dedans ! Même si on dit qu'on le fait pour nous on ne peut pas s'empêcher de penser à un certain public. Mais c'est vrai que Le Roy des Ribauds on l'a à moitié fait en se disant "on se fait vraiment plaisir, on le pense pour nous" mais en même temps on se rassurait en évoquant le succès de Game of Thrones, qui nous indiquait  forcément que ça allait plaire à des gens. Il y a toujours ces deux choses. C'est logique pour les métiers artistiques, il y a cette part d'inspiration qui intéragit avec quelque chose de plus artisanal, de plus réel.

V : On a enlevé le curseur, si tu veux. Ou du moins on l'a déplacé ! On s'est dit qu'on allait faire un pitch qui allèche les gens, parce que pour Chaos Team j'avais un mal fou à leur expliquer ce qu'était la série : "ah les extraterrestres sont arrivés et puis... Chaos Team c'est ça !" avec le Roy des Ribauds c'est beaucoup plus simple, puisque c'est l'histoire d'un chef de gang qui bosse pour le roi, point. On pose quelques mots simples, et en deux phrases et quelques mots c'est fixé. Donc je pense qu'on a trouvé la méthode : il faut touver un pitch pour le public mais le déployer pour nous.

R : La maturité est aussi là oui. Dès qu'un projet est clair dès le départ, les gens ont beaucoup plus de facilité à rentrer dedans et justement à s'approprier toutes les subtilités qu'on va mettre dans le bouquin. Et ça c'est la vraie leçon qu'on a fini par apprendre !

• Puisqu'on parle de pitchs, pour terminer, vous auriez des choses à nous pitcher, en exclusivité ?

V : Moi je vais pitcher un seul truc. Parce qu'il n'y a rien de très concret pour l'instant. Le plus concret c'est ce qu'on fait ensemble, donc parlons-en : un western napoléonien. Un projet qu'on a en tête depuis assez longtemps ! Quand j'étais sur Chaos Team, Ronan arrêtait pas de m'envoyer des images médiévales, en me disant : "hé ça serait bien qu'on fasse Le Roy des Ribauds ! Hé ça serait bien qu'on fasse Le Roy des Ribauds !" et aujourd'hui il me harcèle avec ces images de Hussards, de chasseurs napoléoniens, des choses comme ça... En me disant : "ça serait bien qu'on se lance dans ce western napoléonien !" Bref ! Quel est le principe ? En gros, faire une épopée Napoléonienne en trois tomes, mais avec l'angle du Western, tout simplement. Par exemple, les cosaques sont les indiens, les duels se font au sabre plutôt qu'au pistolet - même si on peut aussi se battre au pistolet - bref tous ces codes comme le regard en plein duel, mais avec des Hussards, qui ont un petit côté classe, cowboy, cavalier d'exception... Ca va plus loin que ça mais on développe le projet en ce moment-même.

R : Voilà, ça prend forme ! Après Vincent des pitchs il m'en sort des centaines, puisqu'on est toujours un peu connectés l'un à l'autre ! Et l'autre fois il lit un article dans Science et Vie, sur les épées Viking...

V : Ces épées ont été fabriquées d'une manière qui n'existait pas en Europe à l'époque ! En gros ils ont un acier d'une telle qualité que ça n'a rien de normal ! Ils auraient dû atteindre une chaleur qu'à l'époque, on ne pouvait pas produire en Europe ! Alors d'où ça vient ? Soit ils ont un contact en Iran, soit il y aurait une forge en Europe - parce qu'en plus il y a des origines Franques derrière tout ça - mais on ne comprend pas pourquoi les gens qui la possèderaient auraient arrêté de le faire. Un mystère donc, et j'ai tout de suite pitché à Ronan des solutions. Donc les pitchs ce n'est pas ce qui manque, mais on verra !

R : Après, un pitch c'est cool, mais il faut qu'il y ait quelque chose derrière (rires) ! La sélection elle se fait là souvent, quand on sent que sous un pitch il y a une matière à développer. Au dessous de certains pitchs très clairs on peut vraiment densifier le truc.

V : De toute façon j'ai toujours dans ma poche, heu dans ma tête, un Pitch ou deux ! Et quand j'ai un petit creux, j'en sort un !

Sur ces belles paroles ! Merci pour cette interview !

Les deux premiers Livres du Roy des Ribauds, les épisodes de  Chaos Team et la saga Block 109 sont déjà disponibles chez Akileos !

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