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FIBD 2017 : Mathieu Bablet revient sur le succès retentissant de Shangri-La

Franco-belge Le 13 fev
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par Sullivan
FIBD 2017 : Mathieu Bablet revient sur le succès retentissant de Shangri-La

Déjà couronné du titre de l'un des albums préférés de la rédaction en 2016 avec le sublime Shangri-La, Mathieu Bablet nous fait l'honneur de répondre à nos questions au détour d'une très belle salle de la mairie d'Angoulême, malgré son emploi du temps délirant depuis la sortie de son titre phare, qu'il nous présentait ici-même en 2014.

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Mathieu Bablet, l'entretien au FIBD 2017

Bonjour Mathieu ! De nouveau bienvenue sur 9emeArt.fr, surtout dans ce très beau contexte qui nous change des ambiances Katana que tu as connu à Nantes !

*Rires* C'est sûr ! Merci de m'accueillir dans votre château en tout cas !

Peux-tu me raconter ces dernières semaines, depuis la sortie de l'album ? Tu as été nommé à presque tous les prix possibles, j'imagine que c'est la plus grosse sortie de ta jeune carrière ?

Carrément ! En termes de notoriété et de volume de ventes, c'est allé super vite. Shangri-La est sorti le 2 septembre, je suis revenu de vacances et le premier tirage était déjà complètement écoulé. Ankama s'est alors rendu compte de l'engouement généré par le titre, les premières critiques sont arrivées sur le net et étaient presque exclusivement unanimes, c'est vraiment le scénario de rêve pour moi.

Ensuite ça n'arrêtait plus et je suis en dédicace tous les week-ends, Ankama me tient au courant des chiffres de vente et tout va pour le mieu
x.

Et de quoi on parle, en termes de ventes justement ? Notamment par rapport à Adrastée, réédité au même moment et qui avait déjà son succès ? 

Là sur Shangri-La on est à 27 000 ventes et 3 000 pour la réédition d'Adrastée, donc rien à voir. 

3000, c'est énorme sur un bouquin qui a déjà été publié !

Complètement, j'en suis super content ! Ce qui compte pour moi de toute façon, c'est la superbe façon dont se manifeste ce succès, les gens en parlent, les gens l'offrent, le font lire autour d'eux. C'est vraiment le plus plaisant à voir depuis la sortie des bouquins. Et ça continue, Ankama va en réimprimer 20 000, je suis vraiment ravi de ce qui se passe.

Les nominations sont passées par la FNAC, Culture, ACBD, BD Gest, le Fauve d'or, qui vaut son nouvel autocollant au bouquin.

C'est super cool ! Je cours pas du tout après les prix, je sais que ça ne va rien changer, mais savoir que la profession a lu mon bouquin, que les critiques le placent aussi haut, alors que j'aborde des thèmes très personnels et que je pensais m'être trop livré. C'est d'autant plus un honneur de voir une telle réception.

Et si on parlait de la suite ? Déjà pour Shangri-La, est-ce que l'album va voyager aux US ou au Japon ?

C'est clairement pas un travail dont j'ai envie de m'occuper, mais je sais que Titan Comics va publier La Belle Mort aux USA donc j'imagine qu'ils vont s'occuper de la suite. Je ne vais pas faire comme Guillaume (Singelin) qui part directement chez First Seconds Books, d'autant que je vois ça comme une culture globale, évidemment que mes influences viennent déjà de partout. Moi, je le fais dans ma langue, mais j'aimerais que l'oeuvre ait suffisamment de poids pour s'exporter au travers d'autres gens. 

D'autant que l'édition est impossible à reproduire à l'étranger, un dos toilé hyper épais vendu à 20€, y a que Run qui est assez fou pour prendre un tel pari. 

Dans tous les cas ce serait plus petit et sûrement avec une couverture souple, sûrement un seul tome par contre, parce que je l'ai vraiment imaginé de cette manière et que je pense que c'est cette unité qui a participé au succès de Shangri-La. Je sais que perso', quand j'achète des Comics et que je lis un Tome 1 qui est juste là pour me donner envie de lire la suite, j'ai mal à mes 15€.

Et pour la vraie suite, alors ? Il nous reste 3 minutes, quand on s'était vu en 2014 tu avais réussi à parfaitement synthétiser ce que tu allais faire avec Shangri-La en 3 minutes, à toi de jouer.

ALORS, ok, pari tenu. Mon prochain album sera un one-shot d'anticipation, sur l'intelligence artificielle et la robotique, qui va s'employer à voir l'évolution des algorithmes en IA et leur importance sur le monde de ces cinquante prochaines années. Avec une disparition du travail, des crises migratoires, des crises écologiques et au milieu de ça une IA qui se développe, le tout autour du thème de la singularité.

240 pages, j'en ai pour deux ans de boulot, ça risque d'être très dense, je voudrais que les personnages vivent beaucoup dans tout ce que je viens d'expliquer, que ce ne soit qu'un décorum et qu'il y ait une histoire forte avec cette IA. Je suis pas parti des lois robotiques d'Asiimov, je suis parti du principe que pour l'instant, les IA c'est de l'information et de la méta-donnée, et que pour créer cette IA il faut un surplus émotionnel, qui pousse à l'iniatiative et à la création. Mon IA sera déterminée par une chose précise, c'est le besoin de contentement, qui est à peu près le besoin primaire ultime. Quand tu as ça en toi, comment tu évolues alors qu'il y a la singularité et tout un potentiel infini, retenu par cette part très humaine et nos imperfections. 



Et tes influences pour ce projet ?

Hmm, je dirais Black Mirror, Ghost in the Shell et, même s'il prête à débat, le film AI de Spielberg, qui vient d'une idée de Kubrick. 

Comme on se le disait hier, c'est un thème très actuel et qui paradoxalement évolue très vite, contrairement à un album qui prend beaucoup de temps à bâtir. Rien qu'en 2017, ça va tellement vite que ce qui est de l'anticipation aujourd'hui ne le sera peut-être plus à la sortie du bouquin.

Complètement, je pense de toute façon que la meilleure histoire d'IA, c'est Spike Jonze qui l'a écrite avec Her. C'est ce qui risque d'être le plus proche de la réalité, point. Les humains vivront sûrement pas aussi bien que dans ce film, mais quand même.

Partant de ça, il me fallait raconter autre chose. Ces IA vont aussi me permettre de partir sur d'autres problèmes sociétaux, à savoir le déterminisme du genre, le racisme et le sexisme qui vont derrière, et de manière générale le déterminisme culturel et traditionnel. 

Gros, gros programme. On te souhaite bon courage et on se retrouve pour en parler pendant et après, et on se donne rendez-vous pour le grand prix 2020 ! Merci Mathieu.

Merci à vous, avec plaisir pour en reparler !

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