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Interview : Zep nous parle de The End, entre fiction et urgence écologique

Franco-belge Le 22 mai
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par LiseF
Interview : Zep nous parle de The End, entre fiction et urgence écologique

Le 25 avril dernier sortait The End, le dernier album en date de Zep chez Rue de Sèvres. On y découvre l'histoire de Théodore, un jeune biologiste parti en Suède étudier les arbres en compagnie d'un des meilleurs, mais aussi des plus controversés scientifiques du milieu, Richard Frawley. Alors qu'il observe la nature, le jeune homme réalise peu à peu que les arbres semblent communiquer entre eux, et le message qu'ils se font passer est pour le moins... Funeste.

Je ne peux bien sûr pas vous en dire plus sur ce fameux message, mais j'ai adoré cet album que j'ai noté d'un 9 sur 10. Et justement, j'ai eu l'opportunité d'en discuter avec Zep qui est ici au dessin et au scénario. L'occasion d'en savoir plus sur cette BD surprenante et inspirée.

Dans The End, les arbres comme un personnage à part entière

L'ambiance de The End est végétale et n'a pourtant rien de rassurante : elle est parfois étouffante, pesante, et même menacante. Je lui demande si son but était dès le départ de proposer une morale écologique.

"Pour moi l’idée ce n'était pas de dire "attention respectons la nature parce qu'elle peut être dangereuse" mais plutôt "attention, n’oublions pas qu’on n’est pas les maîtres de la terre". On est arrivés après les arbres donc ils ont forcément un savoir qu’on n’a pas."

Dans la BD, Frawley tente de décoder l'ADN de l'arbre. En l'étudiant de près, il espère pouvoir reconstituer une sorte de journal de la Terre depuis le début de l'existence des arbres... Donc bien avant notre arrivée. Écouter les arbres, ce n'est donc pas un délire de hippies ?

"C’est pas inintéressant d’écouter les végétaux : même sans être botaniste, vous parlez avec n’importe qui, si ils vont se promener en forêt, ça leur fait du bien. Ça fait du bien d’être en contact avec une espèce plus ancienne que nous, ça nous rattache à quelque chose qui est plus grand que nous. On est toujours à la recherche d’un rôle central sur cette terre mais il n'existe pas, et la présence des arbres ça nous le rappelle d'une certaine façon." 

La fiction pour éveiller les consciences

Il y a donc bien un message écologique dans The End, même si l'histoire n'est que pure fiction. D'ailleurs il est difficile de départager la vérité de l'invention, tant le récit semble plausible. En fait, Zep s'est fait aider de plusieurs scientifiques et notamment du botaniste Francis Hallé

"J’ai écrit mon synopsis et après j’ai consulté pas mal de scientifiques pour vérifier si ce que je disais était plausible. Ce qui est marrant c’est que des choses que j’ai imaginées se sont avérées vraies. Le codex par exemple est complétement fictionnel, Mais il y a toute une partie de l'ADN de l’arbre qu’on n'arrive pas à lire. C’est tout à fait imaginable qu’on découvre par la suite que l’arbre contient des informations qu’on n'a pas et qui datent d'il y a très longtemps."

Francis Hallé a d'ailleurs prêté ses traits à Richard Frawley. Zep m'explique qu'il lui arrive souvent de s'inspirer de vraies personnes pour le physique de ses personnages. En revanche du côté du caractère, tout est fictionnel : Francis Hallé n'écoute même pas les Doors, alors que le personnage de la BD est un très grand fan. Et surtout, il n'a pas ce sale caractère !

En étant plus plausible, l'auteur rend son histoire plus vraie et ainsi plus marquante. The End me semble plus efficace que n'importe quel graphique aux chiffres alarmants pour créer une prise de conscience sur l'écologie. Pour Zep, l'éveil des consciences peut passer par la fiction :

"On écoute, on est informé, mais pour que ça touche notre conscience on a besoin d’avoir des histoires. J’ai eu l’occasion de le voir quand j’ai fait cette page de bande dessinée sur Titeuf migrant. Je parlais de ce qui passait aux infos chaque jours, mais avec un personnage de fiction. La fiction vient imprégner notre conscience et c’est pour ça qu’il faut des gens qui utilisent le savoir des autres pour raconter des histoires."

Un film ?

En terminant ma lecture de The End, je me suis tout de suite dit que ça mériterait une adaptation en film. L'auteur me confirme que plusieurs personnes lui ont fait la même remarque. Quand je lui demande s'il aurait une idée d'acteur pour le rôle principal, il pense à Romain Duris.

Je constate quelque chose dans cette BD : les deux protagonistes principaux sont des hommes. Ils sont accompagnés par une femme, mais celle-ci est selon moi plutôt là pour être convoitée par Théodore. Je lui demande pourquoi ses personnages principaux sont toujours des hommes.

"C'est plus naturel pour moi de me mettre dans la peau d’un homme. Quand je représente un homme je peux partir dans des choses extrêmement abstraites, originales, quand j'écris une femme je vais forcément me coltiner quelques idées idées reçues. C'est un challenge, dans l’histoire que je suis en train d’écrire maintenant le personnage principal est une femme."

Difficile de se glisser dans la peau d'une femme quand on est un homme, et inversement ! L'auteur s'est d'ailleurs déjà lancé ce défi dans Esmera chez Glénat, où le personnage principal était capable de changer de genre.

Et ensuite ? L'auteur me dit qu'il vient de terminer une histoire pour Dominique Bertail, qu'on retrouvait sur Infinity 8 ou encore Ghost Money. Il s'agira d'un récit d'anticipation se déroulant à Paris, dans cent ans... Une nouvelle BD qui n'a pas encore de date de sortie, mais qu'on a hâte de découvrir ! Il pense également à travailler sur un nouveau Happy Sex. Vous n'avez pas encore lu The End ? l'album est disponible chez Rue de Sèvres au prix de 19 euros.

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