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L'interview de Vincent Bernière, l'homme derrière le retour des Cahiers de la BD

Franco-belge Le 15 juin
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par AlexLeCoq
L'interview de Vincent Bernière, l'homme derrière le retour des Cahiers de la BD

Journal mythique sur le 9emeArt de 1969 à 1990, les Cahiers de la BD seront de retour cette année grâce à une campagne Kisskissbankbank déjà bien entamée puisque les 200% de la somme requise ont déjà été remportés.

Participez à la campagne de financement des Cahiers de la BD

Derrière ce retour se cache un écrivain, journaliste et directeur des hors-séries Beaux-Arts magazine et de la collection Erotix de Delcourt, Vincent Bernière, avec qui nous avons eu la chance d'échanger sur le projet.

Vincent Bernière, l'interview (menée par Tom***)

• Bonjour Vincent et bienvenue sur 9emeArt.fr ! Pour nos lecteurs qui ne vous connaissent pas, pouvez-vous vous présenter et nous expliquer votre parcours ?

Dans la presse et l’édition, et notamment en matière de bande dessinée, j’ai à peu près tout fait. Par exemple, j’ai été libraire, éditeur, auteur, secrétaire de rédaction, journaliste, reporter, rédacteur en chef… Je m’occupe des hors-séries de Beaux Arts magazine consacrés à la bande dessinée et suis éditeur freelance chez Delcourt.

• Qu'est-ce qui vous a poussé à relancer Les Cahiers de la BD ?

Une irrepressible envie de faire ce que j’aime : un journal. Et il me semble avoir certaines compétences pour cela, après avoir justement roulé ma bosse depuis 20 ans dans de nombreux secteurs de la presse et de l’édition. Et puis, la presse et la bande dessinée sont deux de mes passions. Quand j’étais enfant, je découpais les pages de journaux pour en refaire des nouveaux dans des cahiers, avec des nouveaux articles que je réécrivais à la main. À 13 ans, j’étais abonné au journal Libération. Faire un journal à partir de rien ou presque rien, c’est une belle aventure humaine. D’ailleurs, je n’aurai rien fait si je n’avais pas été en contact avec une nouvelle génération de critiques et de spécialistes que, de mon côté, j’appelais de mes vœux depuis longtemps.

• Les Cahiers de la BD étaient souvent comparés aux Cahiers du Cinéma qui comptent parmi ses journalistes plusieurs grands noms de l'exercice critique. Pouvez-vous nous présenter les personnes qui collaboreront avec vous à l'écriture de cette nouvelle formule du magazine ?

Il y a des anciens, comme Numa Sadoul, qui fut l’un des rédacteurs en chef des Cahiers de la BD, ou Benoît Peeters et Yves Frémion, deux éxégères parmi les meilleurs spécialistes français de bande dessinée. Et des modernes, comme David Amram, un critique pour le moment assez peu connu mais à qui je prédis le meilleur avenir, ou Maël Rannou, l’animateur du fanzine Gorgonzola qui est un fin connaisseur très pointu doublé d’une belle plume. Quelques femmes, aussi, comme la doctorante Irène Leroy Ladurie ou la brillante Lucie Servin. Et puis des gens avec qui j’ai l’habitude de travailler, comme Stéphane Beaujean et Romain Brethes, qui sont des amis et que je considère comme parmi les meilleurs journalistes de bande dessinée de leur génération.

• Pouvez-vous nous détailler les rubriques qui seront présentes dans ce premier numéro ? Pensez-vous que cette formule peut évoluer avec le temps ?

Alors, il y a pour l’instant huit cahiers : chronique, critique, technique, esthétique, historique, thématique, muséographique et iconique. Comme l’une de mes spécialités est la bande dessinée érotique, je sens qu’il y en a qui ne vont pas tarder à faire de l’humour. L’idée, en fait, est que chaque sujet, doté d’un angle original, puisse rentrer dans n’importe quel type de format journalistique. En bref, la publication sera assez structurée et, entre chaque cahier, il y aura de petites séquences de bande dessinée pure, de la création, des rééditions ou traductions en rapport avec le rédactionnel. J’ai toujours trouvé dommage que les magazines dédiés à la critique de BD n’en publient pas alors que c’est possible tandis que pour les Cahiers du cinéma, par exemple, il est impossible de placer des extraits de films entre les pages…

• Quel public visez-vous avec la parution de ces Cahiers ?

Le public le plus large possible concernant ce type de publication c’est-à-dire, en gros, les lecteurs qui ne connaissent pas grand-chose à la bande dessinée mais qui en lisent (ça fait du monde, quand même), qui voudraient s’informer, se cultiver, apprendre, et les lecteurs plus avertis, disons, qui trouveront, j’espère, matière à découvrir quelque chose de nouveau, qu’ils connaissaient peu ou des développements inédits. Exemple de ce type de ligne éditoriale, dans le 1er numéro, nous aurons des extraits des cours que Pratt donnaient en Argentine et qui ont été très peu vus en France. Ce sont des cours de BD assez basiques, lisibles par tout le monde puisqu’il datent des années 1950, mais que le plus pointu des spécialistes français de Pratt n’a encore jamais vu, pour certains documents. Idem, il y a un article sur Rodolphe Töpffer, l’inventeur de la BD, avec quelques verbatim de Wolinski ou Ware rares ou inédits même si, pour les éxégètes et les chercheurs, il n’y a plus grand-chose à apprendre de nouveau aujourd’hui sur Töpffer. Cela dit, en agrément, il y a une petite BD biographique de Frank Stack sur Töpffer. Et ça, c’est du 100 % inédit en France et ça n’est pas rien : Franck Stack est considéré par certains spécialistes comme l’inventeur du comics underground américain. Deux inventeurs au sommaire, en quelque sorte !

• Historiquement, Les Cahiers de la BD bénéficiaient d'une parution en kiosque. Est-ce que cela sera toujours le cas ?

Oui, diffusion en kiosque et librairie. L’objet, d’une pagination relativement élevée, se situe entre le mook et le magazine.

• Enki Bilal, Jean Claude Mézière, René Pétillon et tant d'autres vous soutiennent. Quelle est l'importance de tels parrains pour la réussite d'un tel retour ? 

Une grande importance et un réel soutien. Mézières, qui est comme chacun sait le dessinateur de Valérian dont le film de Besson sortira en juillet, m’a écrit « ce n’est pas le moment de snober la BD » Il aurait pu en être tout autrement.  Mais tout est dit. Les autres sont des fidèles, Enki Bilal, Pétillon, Boucq, Rabaté. Leur attitude concernant la BD, alors qu’ils n’ont plus rien à prouver, est pour moi exemplaire. En voici au moins qui n’ont pas le melon…

• Vous avez décidé de financer une partie du premier numéro via un projet participatif (sur KissKissBankBank). Pourquoi avoir choisi ce type de financement ?

De façon à péréniser la publication et aussi aider à des investissements au lancement, comme de la publicité dans les kiosques, la rémunération d’une attachée de presse dédiée. Nous souhaitons également augmenter la pagination des numéros, alors qu’économiquement nous sommes à un prix bas pour 164 pages à 9,50 euros. On passera peut-être à 170 pages, en tout cas c’est à l’étude. Et aussi, nous avons dans les tuyaux un numéro hors-série, qui pourrait paraître au mois d’octobre sous ce titre : « De Dick Dicks à Astérix, toutes les meilleures BD de René Goscinny », or la fabrication d’un journal coûte cher, environ 15 000 euros pour 15 000 exemplaires. Donc la campagne de KissKissBankBank nous est d’un très grand soutien. Ce que nous n’avions pas prévu, c’est que toute une communauté est en train de se constituer grâce au crowfunding, avec des jeunes, des femmes, des anciens lecteurs… tout cela est très enthousiasmant.

• Comment voyez-vous la parution des prochains numéros ? Devront-ils également passer par la case du crowdfunding ?

Non, la parution des prochains numéros devra s’appuyer sur les ventes et la publicité. Cela dit, grâce à KissKissBankBank, nous espérons approcher les 500 abonnés en fin de campagne et ça, c’est de l’or en barre (enfin pas tout à fait, hein !)

• Ce premier numéro se paye une interview d'Alan Moore, légende vivante connue notamment pour son mutisme. Pouvez-vous nous raconter les coulisses de cette entrevue ?

La traduction de son roman Jerusalem sort aux éditions Inculte à la rentrée. Nous avons réussi à nous glisser dans le (petit) plan de promo…

• Puisqu'un rédacteur en chef doit mener par l'exemple, quels sont vos goûts personnels en termes de BD ? Si vous ne deviez retenir qu'un album et qu'un artiste, quels seraient-ils ? 

Ah ! Difficile question mais pour moi, l’artiste complet de bande dessinée, le maître réaliste toute catégories capable de changer de style, de travailler dans la BD mainstream ou underground, d’influencer la culture populaire de son temps, qui a tout le temps été disponible et enthousiaste par rapport à la bande dessinée, humainement hyper riche, intéressant, historique, etc., c’est Jean Giraud / Moebius. Alors, si l’on prend cet auteur majeur, une œuvre qui ne l’est pas moins, c’est Arzach.

• La BD et son marché sont en pleine mutation cette année. Vous qui êtes sur le retour avec les Cahiers, comment abordez-vous ces changements, l'arrivée du numérique, l'explosion de l'offre Comics, le déclin à peine déguisé du Manga mainstream et la jeunisation / cession de droits du côté du Franco-Belge ? 

C’est une question qui mériterait de longs développements et vous la poser à la fin de notre entretien, vous êtes un gros malin. Si je voulais m’en sortir par une pirouette un peu deleuzienne je dirai que la réponse est inclue dans la question. En d’autres termes, la bande dessinée vient de vivre un nouvel âge d’or, la ressortie des Cahiers de la BD en est un symptome parmi d’autres, dont les différents développements que vous évoquez plus haut.

• Merci à Vincent Bernière pour sa disponibilité !

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