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Mathieu Bablet nous dévoile les coulisses de Midnight Tales, sa série collective chez Ankama

Franco-belge Le 10 dec
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par LiseF
Mathieu Bablet nous dévoile les coulisses de Midnight Tales, sa série collective chez Ankama

À la rentrée, nous avons pu découvrir un nouveau tome de Midnight Tales, la série collective pilotée par Mathieu Bablet. Chaque tome est composé de plusieurs courtes BD ainsi que des nouvelles, tissant un univers fascinant : celui de l'ordre de minuit. J'ai eu envie d'en savoir plus sur le destin de cette série, les raisons qui l'ont vu naître et la façon dont elle est organisée. J'ai donc discuté avec Mathieu Bablet, pour qu'il me parle de ce projet... Colossal !

Au départ, un "petit projet récréatif"

Souvent quand je demande à un auteur depuis combien de temps il mûrit son projet, il me donne une période de plusieurs années : La mort vivante de Vatine et Varanda a mis cinq ans à naître, L'Âge d'Or de Pedrosa et Moreil trois ans... Pour Mathieu Bablet, tout est allé bien plus vite. Il y a eu une idée, puis une discussion, puis c'était parti !

"L'idée je l'ai en tête depuis pas très longtemps, elle est apparue juste après la sortie de Shangri-La, je cherchais un petit projet récratif avant de partir sur un nouveau one-shot. Le côté Lovecraft et Magical Girls s’est imposé assez rapidement et dans le genre de l’épouvante, la nouvelle est le format dominant."

Mathieu Bablet vient alors de publier plusieurs one-shot : il y a eu Shangri-La, et avant ça La Belle mort... On ne s'en rend pas forcément compte mais auteur de BD, c'est un métier solitaire ! Heureusement, il peut compter sur la puissance du Label 619.

"J’en ai parlé à tout le 619 à Angoulême 2017. Run était emballé parce que Doggybags était en train de se terminer et de là c'est allé très très vite. Les premiers scénarios étaient prêts à l’été 2017."

Ce qui devait être à la base un petit projet récréatif est devenu une vraie montagne. Pour Mathieu Bablet, le travail de gestion qu'il requiert est bien plus compliqué que tout ce qu'il a fait jusqu'alors. 

Dans ce projet, son rôle est de créer un univers cohérent, et d'imaginer plusieurs histoires qui gravitent autour. Son job est multiple : il crée la maquette, la charte graphique, choisit les auteurs et les dessinateurs... Un travail éditorial complétement inédit pour lui. Les grandes lignes de Midnight Tales sont écrites pour tenir en neuf tomes. 

"C’est compliqué, il faut faire attention au planning, il y a une cohérence générale à gérer... C’est à la fois extrêmement fatigant et extrêmement gratifiant. Le tome 2 par exemple ça a été un peu horrible, entre chaque tome je pensais avoir un peu de temps pour me poser et en fait quand on a fini le tome 1, j'ai du direct passer au 2. Et en plus pour ce second tome, Florent Maudoux et Rebecca Morse ont du remplacer un auteur au pied levé, ça a été le rush absolu pour rendre dans les temps, ils ont pondu et réalisé une histoire de vingt pages en cinq semaines !"

Des héroïnes et des autrices

Derrière cette histoire de vingt-cinq pages, une grande Histoire, celle de l'ordre de minuit. Dans le premier tome, on découvrait le concept de l'ordre, l'histoire de sa naissance et quelques exemples de midnight girls à travers le monde. Dans le second volume les chose sont tout de suite moins roses...

"Le but c’est que chaque tome apporte une pièce du puzzle pour qu’on ait envie de continuer de suivre la série. On va s’aperçevoir que cet ordre qui a l’air génial dans le tome 1, il a aussi une part d’ombre. Chaque tome devrait nous permettre d’en apprendre plus là-dessus. L'ordre de minuit c’est le véritable personnage principal."

Ce qui est intéressant dans Midnight Tales, c'est que tous les héros sont... Des héroïnes ! Derrière la pression mise sur le midnight girls, on peut voir une métaphore de la pression subie par les femmes au quotidien. Pour Mathieu Bablet, il s'agit bien d'une série féministe.

"C’est un peu compliqué parce qu’en tant que mec je ne voudrais pas soustraire un combat à d’autres qui sont plus légitimes à le mener... Mais à mon échelle j’essaye de proposer des personnages féminins forts et diversifiés parce que la représentation, ça manque un peu dans la culture populaire."

Il m'explique sa volonté de prendre position dans ses histoires, plus forte depuis Shangri-La. Il trouve intéressant d'utiliser la figure de la sorcière pour aborder les problématique de la place des femmes dans la société. Une figure bourrée de sens que les mouvements féministes actuels se sont ré-approprié. Quand il me parle de la recherche d'auteurs il me dit "autrices", je lui demande s'il cherche uniquement des femmes pour travailler sur Midnight Tales

"En termes de dessinateurs que ce soit des hommes ou des femmes j’ai pas de préférence. Mais en termes de scénarios je pense qu’elles sont mieux placées pour avoir un oeil féministe sur tel ou tel sujet."

Découvrir de nouveau talents et des tas de pays

De fait, on découvre grâce à Midnight Tales des tas de nouveaux auteurs, qui pour certains n'avaient jamais travaillé sur un projet BD. Recruter des jeunes auteurs, c'est une volonté ?

"Je m’inscris complétement dans ce qu’a fait Run avec Doggybags : il voulait à la fois faire bosser les auteurs du Label et à la fois de nouveaux talents. L'idée c'est de donner de la visibilité à une nouvelle génération d'auteurs, il suffit d’un petit projet pour avoir les pieds dans l’industrie !"

En lisant Midnight Tales on découvre donc de nouveaux auteurs, mais aussi des tas de pays ! On savait déjà que le troisième tome serait consacré au Japon, et on n'a pas fini de voyager : la série nous emmènera en Autralie, en Roumanie, en Iran... L'idée étant de découvrir de nouvelles cultures et de nouvelles mythologies. Un joli programme donc qu'on n'a pas fini de savourer puisque neuf tomes sont prévus ! En attendant la sortie du troisième volume sur le Japon, vous pouvez découvrir les deux premier au prix de 14 euros l'un chez Ankama.

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