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Quai des Bulles 2013 : l'interview de Rémi Gourrierec (Big Crunch)

Franco-belge Le 21 nov 2013
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par Elsa
Quai des Bulles 2013 : l'interview de Rémi Gourrierec (Big Crunch)

Big Crunch est une série qui mêle les genres. Cette bd raconte l'histoire de trois adolescents qui découvrent que leur père est Cosmos, le super-héros qui lutte contre d'étranges évènements survenant à Paris depuis quelques temps. Malheureusement Cosmos disparait, et les trois frères décident tant bien que mal de prendre la relève. 

Tout en noir et blanc, avec un format et une pagination qui évoque le manga, un dessin plutôt franco-belge et un thème empruntant aux comics américains, Big Crunch s'amusent des codes pour un résultat prenant et captivant.

Rémi Gourrierec, son auteur, était présent au festival Quai des Bulles et a répondu à nos questions.

 

Pouvez-vous vous présenter, et nous raconter votre parcours ?

Rémi Gourrierec, j'ai 31 ans. J'ai recommencé à dessiner il y a cinq ans, alors que j'étais graphiste. Avec l'arrivée des blogs bd, j'ai commencé à faire un blog perso, des bd autobio, puis des bd plus construites. Au bout d'un moment, j'ai eu envie de tenter, de proposer des projets aux éditeurs, et ça s'est fait assez vite avec Big Crunch. On est maintenant au deuxième tome.

Comment raconteriez-vous Big Crunch en quelques mots ?

C'est l'histoire de trois frères qui découvrent le super-héros de la ville inanimé dans leur cuisine, et qui découvrent en même temps qu'il s'agit de leur père. Ils vont devoir gérer ce fait. Après, je n'en dit pas beaucoup plus, parce que ça joue beaucoup sur la découverte de l'univers au fur et à mesure.

Comment est née l'idée de cette série ?

C'est vraiment cette image-là. Je ne sais pas d'où elle m'est venue, mais c'est ce moment-là, où les enfants découvrent le super-héros dans leur cuisine. L'histoire s'est construite autour de ça. Au départ, ce n'était pas forcément pour moi que je l'écrivais, j'envisageais de scénariser pour quelqu'un d'autre, sans savoir trop pour qui. Et en écrivant, et surtout en dessinant quelques croquis, j'ai vite eu envie de le faire. Parce que c'est sorti tout de suite. J'ai fait très peu de croquis, j'ai pu faire le dossier éditeur et les premières planches très rapidement. Entre le moment où j'ai commencé à l'écrire, et le moment où le dossier est parti, il y a eu un mois. Après il y a eu du travail, mais ce passage s'est fait rapidement.

Il y a beaucoup de personnages dans Big Crunch. Les avez-vous travaillés en amont de la construction de l'histoire, se sont-ils affinés petit à petit … ?

La plupart des personnages qui ont de l'importance dans la série, personnages principaux, et aussi secondaires, sont des personnages que j'avais prévu dès le départ. Récemment, j'ai relu le synopsis que j'avais mis dans le dossier éditeur. Je pensais m'en être beaucoup écarté, mais finalement, je respecte ça. Le synospsis va plus loin que ce que j'ai déjà écrit. Il fait une page, et il y a déjà ce qui se passe dans les tomes suivants. Donc pour l'instant ce sont des personnages que j'avais mis en place. Il y a même quelques personnages de troisième zone, dont on ne se rend pas forcément compte qu'ils sont utiles, mais que j'ai déjà prévu d'utiliser. Après il y en a qui prennent un peu plus la lumière que d'autres dans le plaisir du dessin, et qui vont avoir un peu plus de scènes que ce que j'avais envisagé, mais globalement je les ai à peu près tous prévus très tôt.

Au niveau de la construction de l'histoire, faites-vous tout le scénario puis le dessin ? Travaillez-vous au fur et à mesure ?

Je travaille vraiment au fur et à mesure. Ce qui m'importe c'est de savoir le destin des personnages, la fin. Après je travaille séquence par séquence. Enfin j'exagère, ça n'est pas aussi improvisé que ça. Je structure avec des jalons importants sur un album avant de commencer un tome. C'est découpé en chapitre, et j'ai quand même décidé ce qu'il va se passer à chaque début et fin de chapitre, ces moments forts-là. Après je peux travailler deux planches que je vais scénariser, storyboarder, faire totalement, et parfois des séquences un peu plus longues, de dix planches. Ça dépend des scènes mais je travaille vraiment au fur et à mesure.

Ça n'est pas de l'improvisation, mais il y a un côté où je ne sais pas encore exactement ce qu'il va se passer. Je sais ce qui va se passer théoriquement, globalement, mais pas dans le détail, en terme de mise en scène. Et ça reste agréable à écrire sur 200 pages. C'est difficile de garder l'énergie pour un livre comme ça.

Qu'est-ce qui vous a donné envie de parler de super-héros ? Êtes-vous vous même un gros lecteur de comics ?

Non, non. Aujourd'hui, je ne suis même plus lecteur de comics du tout, par manque de curiosité, d'argent pour les lire, par manque d'accès. Je l'ai été pendant l'adolescence. Je ne suis pas un fan de la thématique des super-héros. Je pense qu'un fan de super-héros n'aurait pas fait une histoire où le super-héros n'est finalement pas l'élément central. Je l'ai fait sur ce thème-là, j'aurai pu le faire sur autre chose. Tordre un thème commun à tout le monde, c'est plutôt ça qui m'intéresse. C'est le thème de l'adolescence, plus que celui des super-héros. Il y a ce côté "à part" très présent chez la plupart des ados, qui donne envie de travailler dessus

Et justement, qu'est ce qui vous a donné envie de prendre pour héros une fratrie d'adolescents ?

Je suis d'une grande fratrie déjà. Après, quasiment toutes les histoires que j'ai pu écrire, même dans le fanzinat, il y a souvent eu pour héros des vieux enfants ou des jeunes ados. J'aime bien parce qu'il y a une espèce d'immaturité qui fait que les ados réagissent un peu rapidement aux choses. Ce qui m'intéresse, c'est qu'ils aient cette sorte de cohérence d'individu, mais avec cette espèce de fougue. J'aime bien les faire parler. Et même en temps que lecteur, j'aime lire des shônen. Je trouve qu'il y a une énergie agréable à ce niveau-là.

Contrairement à la plupart des histoires où il y a un ou des méchants, la menace dans Big Crunch est plus diffuse. Qu'est ce qui vous a donné cette idée ?

Je n'ai jamais écrit d'histoire avec un méchant, ça n'est pas un truc qui me vient naturellement. Surtout dans les trucs de super-héros où les méchants sont un peu caricaturaux. Ça ne m'intéresse pas de faire des personnages manichéens. Ce sont plus des intentions qui se confondent. Après, il y a une menace un peu extérieure, un peu surnaturelle, qui est là comme un fond, mais qui ne semble pas avoir de volonté propre. Mais plus ça va aller, plus les choses vont se confronter. Après, en fonction de pour qui on prend parti dans l'histoire, on va considérer que certains sont méchants. Mais déjà dans le deuxième tome, il y a des gens dont on a l'impression qu'ils peuvent embêter les héros. C'est comme ça, le lecteur est forcément pour ceux qu'il suit, peu importe s'ils font des bonnes choses ou pas.

Plus techniquement, quels outils utilisez-vous sur cette série ?

Le critérium pour le crayonné. Pas mal l'ordinateur pour la phase entre le crayonné et l'encrage. Je fais mon storyboard crayonné en tout petit, je le scanne, l'agrandis, le ressors en plus grand. Ça rend mieux en terme de masse de travailler en petit puis d'agrandir. Et ensuite, je fais l'encrage à la plume sur papier, puis les trames à l'ordinateur. Au bout de 400 pages, je commence à avoir un vrai procédé de fabrication. L'encrage, je le fais à la plume, des plumes de mangaka, les G-pen.

Justement, Big Crunch mêle les genres. Il y a des influences franco-belge, comics, manga. La bd est d'ailleurs éditée dans un format plutôt manga. Est-ce que c'était une volonté ou cela s'est-il imposé naturellement ?

C'est une volonté de ne pas me donner de cible, ni de limite. Naturellement, je suis un lecteur qui lit de tout. De l'indé comme du Naruto, des mangas adultes, des bd franco-belge très classique. J'aime bien tout, et ça se ressent dans mon travail. C'est aussi l'intérêt de faire une grosse pagination. On peut avoir envie de faire un style sur une séquence. Du thriller, de l'action, quelque chose de plus enjoué. C'est ce qui m'intéressait au départ. La question s'est posée de le faire chez d'autres éditeurs, mais à chaque fois se posait la question de la cible. Savoir si c'était un jeunesse... D'ailleurs ils voulaient que ça soit jeunesse, vu que ce sont des ados. Mais moi, ça ne m'intéressait pas de le voir comme ça. Ça peut devenir jeunesse, si les jeunes ont envie de se l'approprier, mais je ne le pense pas expressement comme tel. Du coup, je fais ce qui me semble intéressant. Ça dépend de mes lectures du moment, des films que j'ai vu. Ce plaisir d'écrire en permanence en fonction de ce qui nous motive sur le moment.

Et quelles ont été vos principales influences pour cette histoire ?

Dans la narration, ce sont des gens comme Urasawa, dans Monster, XXth Century Boys, dans ce côté où tous les individus ont une vraie présence, existent vraiment. Même si c'est un personnage secondaire, il a une identité. C'est important de le faire ressentir dans les dialogues, des choses comme ça. Et puis dans cette narration un peu éclatée, où on peut arrêter une séquence qui paraît forte pour repartir sur autre chose.

Après, les influences sont multiples. Je regarde beaucoup de séries télés américaines. Sur ma gestion des fins de chapitres, je pense que ça se ressent. Dans l'envie d'avoir la suite en permanence. C'est une vraie influence de l'écriture télévisuelle, sans qu'il y ait forcément de référence précise.

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