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Rencontre avec Aseyn, illustrateur de Bolchoï Arena et fin dessinateur de gros vaisseaux

Franco-belge Le 13 nov
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par LiseF
Rencontre avec Aseyn, illustrateur de Bolchoï Arena et fin dessinateur de gros vaisseaux

Le 19 septembre dernier sortait le premier tome de Bolchoi Arena, scénarisé par Boulet et dessiné Aseyn chez Delcourt. Un premier tome palpitant, exposant un monde vaste qu'on a envie d'explorer des heures durant. Durant le festival Quai des Bulles, j'ai eu l'occasion de rencontrer Aseyn et de discuter avec lui de ce projet hors du commun...

De la science-fiction en BD

Avant la sortie de l'album, quant on tapait Bolchoï Arena sur Google on tombait sur un post facebook de Boulet datant d'il y a plusieurs années. De toute évidence, le projet mûrissait depuis un moment. C'est la première question que je pose à Aseyn. Il confirme :

"Boulet avait écrit cette histoire sans particulièrement penser à une BD au départ. En 2014 j’étais en train de finir ma BD avec Fred Bernard (Nungesser chez Casterman, ndlr), il m'a dit "Je suis en train d’écrire un projet de SF est-ce que ça t’intéresse ?" Il m’envoit son storyboard, il ne fait pas de scénario, on dirait ses notes sur son blog. Je vois ça comme une libération, je peux me faire plaisir, inventer des vaisseaux… J'ai commencé à travailler dessus en octobre 2015, j’ai dessiné dessus non stop jusqu’en début 2017. J’ai attendu un an pour faire les couleurs parce que j’ai déménagé, j’ai eu un enfant… puis je me suis mis à la couleur début 2018."

Et enfin, la série est née ! Il aura donc fallu quatre ans, à partir du moment où Aseyn est entré dans le projet, pour que le premier tome voit le jour. Dans Bolchoï Arena, on ressent toute la passion de Boulet pour les sciences, l'astronomie et le multivers. Il est d'ailleurs co-directeur de la Collection Octopus qui publie des ouvrages de vulgarisation scientifique, chez Delcourt. C'est passionnant, mais ça doit être dur de suivre ! Je demande à Aseyn s'il lui est arrivé d'être perdu.

"Un petit peu ! On échange beaucoup par mail. Il me ré-explique, il me fait des schémas explicatifs… Par exemple je n’avais pas compris l'histoire avec les portails, il m’a fait des schémas. J’essaye juste de comprendre ce qui se passe et quelles sont les émotions des personnages. Je suis une bille en science, en astronomie… Donc je découvre en même temps que les personnages. Parfois je crois avoir compris, je dessine quelque chose genre une planète et il me dit « non mais t’as pas compris, la planète elle est plus petite ou plus grande ». Donc je dois recommencer une case entière avec une galaxie !"

La réalité virtuelle est à la mode en ce moment dans la fiction. De fait, c'est un peu difficile de pitcher Bolchoï Arena sans qu'on me réponde "ah oui, c'est comme Ready Player One !". Si cette remarque a eu tendance à m'agacer, je me suis demandé quelle avait été la réaction des auteurs à la sortie du film.

"J’ai eu un peu peur, comme c’est Spielberg il y avait de bonnes chances que ce soit bien. Ça a un peu frustré Gilles (Boulet, ndlr) parce qu’il avait eu l’idée avant la sortie du film. Il y a eu beaucoup de mauvaises critiques donc égoïstement ça nous a rassurés. En fait il n'y a vraiment rien à voir parce que dans Ready Player One la réalité virtuelle est un jeu, et dans Bolchoï Arena c'est univers parallèle, on n’est pas obligé de jouer pour y entrer."

Le manga, une inspiration graphique

La lecture de ce premier tome a réveillé la gameuse qui sommeille en moi. Les courses-poursuites dans l'espace, les spéculations numériques, les constructions de vaisseaux, l'avatar virtuel, sont autant de choses excitantes qui font la saveur des jeux vidéo. Pourtant, Aseyn n'est pas si geek que ça : il puise plutôt ses inspirations graphiques dans les mangas.

"En ce moment je lis pas mal de mangas : L’atelier des sorciers par exemple. Je trouve le dessin magnifique, ça me fait penser à du Miyazaki, avec cette vision très plaisante de l’Europe médiévale."

On ressent les influences des codes typiques du manga : les traits de vitesse donnent du dynamisme aux scènes d'action, les designs des personnages eux-mêmes ressemblent beaucoup à ce qu'on peut retrouver dans les bandes dessinées japonaises. Pourtant, Aseyn n'a pas commencé par là.

"Ça a mis longtemps à venir dans ma carrière de dessinateur le manga. Dans ma jeunesse j’ai été plutôt Blutch, Blain, Moebius… Et ensuite je suis venu au manga parce que mon outil de travail, la tablette graphique facilite la reprise de ses codes : les trames, les traits de vitesse… J’aime les mangas de toutes sortes, j’adore Tezuka par exemple même si mon trait n’est pas proche du sien. La manière de découper le temps, les cadrages… J’aime bien les tons pastels un peu passés, ça permet d’avoir plusieurs teintes d’une même couleur, ça rajoute de l’épaisseur aux volumes, aux corps."

Ce premier volume cache des surprises : certaines pages sont marquées d'un petit logo. En les scannant avec son smartphone, on découvre des bonus comme par exemple les storyboards réalisés par Boulet. En fait, on a presque l'impression qu'ils auraient pu être imprimés tels quels tant ils sont avancés. Comment a fait Aseyn pour trouver sa place dans le projet ?

"Moi je me réappropriais tout l’univers visuel, j’ai changé les coupes de cheveux, les morphologies des personnages… Il me laisse jouer avec les cadrages, le nombre de pages… Gilles il fonctionne beaucoup en cases verticales , moi je fonctionne plus en cases horizontales un peu comme un écran de cinéma. J’ai du mal à penser l’espace à la verticale. J’aime ressentir l’espace entre les personnages et sentir leur présence physique. Il me faut de l’espace pour tourner autour des personnages."

Trois tomes... minimum !

C'est quoi la suite ? Bolchoï Arena comptera trois tomes, même si Boulet a de la matière pour faire plus. Si la série marche bien, qui sait, elle pourrait donc être plus longue ! En attendant, le second tome est prévu pour Angoulême 2020 si tout se passe bien. Vous avez aimé l'univers de type heroic-fantasy dans lequel évolue le petit ami de Marge, incarnant un homme Corgi ? Ça tombe bien, puisqu'on en verra normalement plus par la suite !

De son côté, Aseyn a d'autres projets même s'il est très pris par la série. L'artiste souhaiterait notamment travailler à nouveau avec Fred Bernard, sur une histoire imaginée par ce dernier. Vous n'avez toujours pas lu le premier tome de Bolchoï Arena ? Il est disponible chez Delcourt au prix de 24 euros. Et pour plus d'Aseyn, rendez-vous sur son instagram qu'il met régulièrement à jour !

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