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Rencontre avec Olivier Vatine et Alberto Varanda, auteurs de La Mort Vivante

Franco-belge Le 18 nov
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par LiseF
Rencontre avec Olivier Vatine et Alberto Varanda, auteurs de La Mort Vivante

Au mois d'août dernier sortait chez Glénat La Mort Vivante, une adaptation d'un roman de Stefan Wul par Olivier Vatine et Alberto Varanda. Hier nous vous présentions notre critique de cette (grande) oeuvre. Et si ça a titillé votre curiosité, aujourd'hui nous vous proposons de découvrir notre entretien avec les auteurs, réalisé lors du festival Quai des Bulles. L'occasion de parler de leur passion pour Stefan Wul, de leurs inspirations graphiques, et du milieu de la BD en général.

Cinq ans d'incubation

Voilà quatre ans que Varanda n'avait pas publié d'album ! On commençait à trouver le temps long, c'est donc la première question que j'ai posé au duo. Combien de temps l'oeuvre a-t-elle incubé, et par quels chemins est-elle passée ? Vatine m'explique :

"La Mort Vivante, c’était un roman que j’aimais bien parce qu’il était lié à Niourk. Je l’ai fait lire à Alberto, et ça l'a tout de suite intéressé.

Varanda confirme :

"Quand ils m’ont proposé la mort vivante, je ne connaissais pas, c’était de la science-fiction, c’était pas mon univers de prédilection. J’ai vu la trame d’emblée et j’étais parti. Au final ça a duré cinq ans ! Cet album c’est la concrétisation de plein de choses, de plein de rendez-vous manqués."

Un alignement de planètes

Vatine qualifie même ce projet d'"alignement de planètes". C'est au moins ce qu'il fallait pour produire un album aussi impeccable. Le scénario monte en puissance et captive du début à la fin, et le dessin est impressionnant de technique et de solennité. Varanda me parle de ses inspirations graphiques :

"C'est un aspect graphique que je voulais explorer depuis longtemps : j'ai découvert en étant étudiant le Frankenstein illustré par Wellson. Je suis tombé en pâmoison devant son travail. Et c'était l’occasion de pouvoir m’attaquer à ça. Et puis Olivier m’a fait connaître d’autres graveurs comme Franklin Booth, et c’est devenu mon vrai point de départ, techniquement c’est absolument ce que je voulais."

Pour Vatine, c'est "une approche un peu dix-neuvièmiste de la bande dessinée". En effet, certaines pages ressemblent plus à des tableaux du dix-neuvième siècle qu'à des cases de bande dessinée. Ce constat donne à l'oeuvre un côté hybride au départ surprenant, mais qui fonctionne.

Pour ma part je n'ai pas lu le roman de Stefan Wul, je ne peux donc pas comparer les deux oeuvres. Mais en adaptant un livre en bande dessinée, on doit forcément faire des choix, supprimer certaines scènes, insister sur certains aspects de l'histoire... Vatine m'explique qu'ils on carrément choisi de changer quelques détails.

"Quand on adapte un bouquin, c'est qu'on l’aime bien. Donc on doit au moins rester fidèle au sujet. Après quand on porte ça sur un nouveau support il faut s'adapter. On a changé deux gros trucs : l’approche du clonage déjà, qui était un peu émergent à l'époque. Mais aussi le personnage de Joachim : c’est un papy, un vieux scientifique. Dans le livre la relation entre lui et Martha n’évolue pas trop, ça reste assez plat. On trouvait plus marrant de le rajeunir, d’en faire une sorte de geek un peu puceau. Mais au fil du récit la relation devient plus intime, plus complexe. C’était aussi une demande d’Alberto, d'amener une évolution sur les personnages et les caractères jusqu’au climax final. C’est marrant de commencer par de la science fiction, de faire un truc intime, et d'avoir un final un peu blockbuster. C’est quand même une histoire de monstre donc il faut que ça envoie du pâté !"

Deux à trois semaines pour une seule page

Ce qui m'intéresse toujours quand j'interviewe une équipe créative, c'est de savoir comment ils ont interagi, qui faisait quoi. Dans le cas de Vatine et Varanda, on comprend mieux pourquoi l'album a mis plusieurs années à voir le jour ! Vatine descendait à Montpellier régulièrement pour rejoindre Varanda, qui travaillait pendant deux à trois semaines sur une seule page.

"Il ne fallait pas qu’Alberto travaille pendant soixante-dix pages sur une BD qui l’emmerde avec des traits partout ! Donc on faisait le board ensemble. Le fait de ne pas aller vite et de ne pas tout écrire d’un bloc, ça permettait de réfléchir tous les deux. Si t’as écrit tout un scénario d’un bloc c’est dur de le faire changer, évoluer. Là on était plus flexibles."

Quand on voit la minutie des planches, on n'est pas surpris du temps qu'y a passé Varanda. L'artiste me raconte que sa passion pour la bande dessinée est d'abord née avec les comics.

"Si je fais de la BD aujourd’hui c’est en grande partie grâce aux comics. Les Stranges, Daredevil, Spider-Man... Je reproduisais du graphisme à l’américaine, avec l’ancrage. Contrairement au franco-belge dans un premier temps !"

Les dédicaces, un temps de rencontre

En parlant de bande dessinée à l'américaine, je m'interroge sur leur rapport à la dédicace. Aux États-Unis, celles-ci sont payantes. Plus tôt dans la journée, j'ai vu Varanda sur le stand Glénat se prêter au jeu de la dédicace gratuite. Pour Vatine, les dessins gratuits c'est fini :

"Je suis passé à la commission, en festivals je ne fais plus que des tampons améliorés. Je trouve ça assez juste que ce soit rémunéré. Tu va pas chez ton boucher en lui disait "votre viande elle est trop bonne, mettez moi de la bavette gratis" ! L’investissement d’un dessin, c’est quand même un week-end où on bosse pas !"

L'auteur évoque les abus qu'il a constatés au cours de sa carrière : Varanda me raconte par exemple cette fois où en salon, il avait réalisé gratuitement pour un lecteur une belle illustration très travaillée avec de la couleur. Quelques minutes plus tard, le dessin était en vente sur Ebay. Cet épisode l'a conduit à arrêter la couleur, mais pas la dédicace gratuite.

"Ce serait pas chiant que les personnes payent. Je n'en suis pas là où est Olivier dans ma réflexion, mais j’y viendrais peut-être. On est beaucoup à se poser la question. On se dit qu'il y a un côté légitime à la rétribution."

Cette réflexion, on vous en parlait sur 9emeArt à l'occasion du burn-out de la dédicace raconté par l'auteur Frédéric Peynet. Comme ce dernier, Vatine insiste sur le fait que la dédicace est avant tout un moment d'échange, pour aller à la rencontre de son public et discuter de ses travaux avec ses lecteurs. Et pas de doutes, avec un album aussi passionnant que La Mort Vivante, ils en auront des sujets de discussions en dédicaces !

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