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Angoulême 2014 : l'interview de Tony Valente (Radiant tome 2)

Manga Le 07 mars
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par Elsa
Angoulême 2014 : l'interview de Tony Valente (Radiant tome 2)

Ankama se fait remarquer depuis quelques années en éditant des mangas écrits et dessinés par des auteurs français, mais qui peuvent rivaliser sans rougir avec leurs inspirateurs japonais. Et si City Hall a su surprendre et séduire les lecteurs, Radiant se révèle lui aussi un excellent shônen, où Tony Valente a su se réapproprier les codes propres au genre tout en nous offrant une histoire originale prenante et servie par un très beau dessin.

Radiant, c'est l'histoire de Seth, adolescent infecté par un Némésis, un des monstres qui s'abattent sur le monde et détruisent tout sur leur passage. À cause de cette infection, lui et sa soeur vivent en paria. Mais le jeune homme est bien décidé à prouver sa valeur, et part à la recherche de l'origine du Mal.

Tony Valente était présent au festival d'Angoulême, où il a répondu à nos questions.

Peux-tu nous raconter ton parcours.

Je n'ai pas commencé par la bande dessinée, mais par regarder des dessins animés. C'est ce qui m'a donné envie de raconter des histoires. Puis à l'adolescence j'ai vu que la bd, le manga, me permettaient plus de liberté, et je me suis orienté vers la bd.

J'ai très vite signé ma première série de bande dessinée chez Delcourt, puis je suis revenu petit à petit vers le manga. Et maintenant j'ai la chance d'en faire.

Comment raconterais-tu Radiant ?

C'est l'histoire d'un petit gars qui combat des monstres tombés d'on ne sait où. Il ne sait pas pourquoi. Et il va essayer de montrer que lui-même n'est pas un monstre, quelque part.

Après en surface, c'est un shônen orienté action, avec beaucoup de baston, un univers très fantasy, et plein d'influences qui viennent du jeu vidéo et d'autres mangas.

C'est une quête initiatique avec un ado qui doit faire ses preuves.

Comment est née l'idée de cette série ?

J'étais en train de faire Hana Attori, une précédente série que j'ai faite tout seul. Le thème principal, c'est la vengeance de l'héroïne, mais en parallèle elle prenait part à une guerre qui opposait le pouvoir en place à une troupe de rejetés, des gars handicapés, étrangers, esclaves, qui étaient différents. Et ce thème m'a vraiment botté. Je m'intéressais à ça parce que c'était un fait historique au Japon. Le sujet m'a plu, et c'est devenu le thème de Radiant. Le rapport à la différence, le rejet.

Seth, mon héros, a des cornes sur la tête. Ce qui fait qu'on voit directement qu'il a un problème. Dans mon histoire, les sorciers sont une caste particulière, ce sont des gens infectés par un virus, ils ont des déformations physiques...Ils sont confrontés sans arrêt à leur différence. Et lui essaie de combattre ça.

Et quand j'ai voulu faire un manga, je tournais autour de ça sans m'en rendre compte. Je suis parti sur un cornu, je ne savais pas pourquoi il avait des cornes, mais c'était ma base. Et au fur et à mesure que j'étayais l'univers, ça partait sur le rapport à la différence. Du coup c'est resté le thème principal de Radiant.

Comment s'est passé ton travail sur ton titre ? Les mangakas écrivent souvent leurs chapitres au fur et à mesure du dessin, as-tu travaillé de la même manière sur Radiant ?

C'est ça. Au début d'un album je fais un petit synopsis pour savoir où je dois aller, puis je fais chapitre par chapitre, j'écris le chapitre en entier, je le dessine, je l'encre. Du coup je travaille un peu à la manière des mangakas oui. J'aime bien me surprendre à la fin du chapitre, donc je ne sais pas vraiment sur quoi ça va terminer, et le challenge c'est de retomber sur mes pattes au début du chapitre suivant. J'essaie de rester sur le fil comme ça, ça me permet de créer du rythme.

Il y a beaucoup de personnages. Les as-tu créés en amont, ou leur as-tu donné de la densité au fur et à mesure de l'écriture ?

Il y a de tout en fait. Pour Seth, je crois que le premier dessin de lui a sept ou huit ans. Il a été travaillé longtemps, j'ai longuement cherché son prénom. C'est l'exemple type du personnage travaillé à fond.

Pour Dragunov, un personnage du tome 1, un capitaine inquisiteur, le premier dessin c'est celui qu'on voit dans le manga. Je ne l'avais pas travaillé avant. Je le fais, il me plait, je lui ai développé une personnalité à partir du dessin. Et en fait il est super important dans le tome 2, et dans la suite de l'aventure. C'est l'exemple contraire. Il est vraiment venu sur le tas, il m'a plu, il plait vachement aux lecteurs aussi.

J'adore créer des personnages, ce qui fait que quand j'ai une idée, je crée le personnage, et puis s'il rentre dans Radiant, j'essaie de le mettre. S'il ne rentre pas, dans quelques années j'en ferai peut-être quelque chose.

Quels techniques et outils as-tu utilisé sur ce titre ?

Je travaille avec des plumes japonaises et du feutre. Je fais mon crayonné basique, puis j'encre, et je mets au feutre. Il n'y a que la trame que je fais à l'ordinateur. J'ai beaucoup travaillé à l'ordinateur mais maintenant c'est traditionnel, à la japonaise.

J'achète un papier japonais standard, où les marges sont déjà faites en bleu. Les mangakas, pour aller vite, utilisent ce genre de papier. C'est un format qui s'appelle le B4, un peu plus petit que le A3.

Tu viens du franco-belge, et tu t'es dirigé vers le manga. Quelle liberté le manga offre-t-il à tes yeux ?

Déjà la place. Avec cette place, on a le temps de rentrer dans l'histoire un peu plus profondément, et surtout d'approfondir les personnages, leurs rapports entre eux. De 46 pages en franco-belge, là on passe à 180 pages sur un manga, ça n'a rien à voir. Du coup on peut rallonger un peu la sauce, mais pas juste pour distiller. Moi ce qui m'intéresse vraiment ce sont les personnages, donc je suis dans mon élément.

Et puis le fait d'être chapitré aussi, c'est génial parce que ça m'oblige à relancer sans arrêt le récit. Ça fait une pause, et en même temps ça relance le récit à la fin du chapitre. C'est confortable pour écrire, c'est vraiment bien. J'ai pris goût à ça. Si je devais refaire du franco-belge, ça n'est pas impossible que je conserve un aspect chapitré, c'est vraiment chouette.

Le manga français se développe depuis quelques années, mais tout doucement pour le moment. Penses-tu qu'à l'avenir de plus en plus d'auteurs européens vont se mettre à ce médium ?

Il semblerait. Il y a plein d'amateurs qui le font déjà. Je dis amateurs mais il y a parfois des tueurs sur internet, on peut trouver plein de trucs vraiment géniaux, largement au niveau d'être publié. Ça montre que dans la génération qui arrive et qui fait de la bande dessinée, il y en a beaucoup qui en font.

Par curiosité, je pose toujours la question aux lecteurs en dédicace. Et 9 fois sur 10, ils me disent que oui, ils veulent faire du manga. Ils sont tout un bataillon.

Dans tout ce qui vient, il semblerait qu'il y a énormément de gens plus tournés vers le manga que vers la bande dessinée. Je dis ça, ceux qui viennent me voir sont d'abord des lecteurs de mangas, mais il y en a qui sont ouverts à plein de trucs, qui aiment la bd. Mais ça devient un média qui les intéresse autant que la bd classique.

Ils ont digéré les codes, et puis il y a des exemples qui les encouragent. Ils se disent que c'est possible, et ils sont motivés. Après il faut savoir que c'est difficile, et puis après tu fais avec ou pas.

Ils sont vraiment nombreux. Aujourd'hui en dédicace j'ai posé la question à tout le monde, il n'y en a pas un seul qui m'a dit non. Mais je suis content, je suis sûr qu'il y a des trucs qui vont tuer. J'espère en tout cas.

Avec le concours à la fin du premier tome, il y avait des trucs qui déchiraient. Surtout les idées. Même les mecs qui ne sont pas calés en dessin encore. J'ai reçu, je crois, 175 participations. Il fallait créer un personnage, qui colle dans l'univers de Radiant, qu'il ait une infection, qu'il ait des outils spécifiques.

Il y en a qui ont créé des personnages tellement calés dans mon univers que j'ai eu l'impression qu'ils avaient lu dans mes pensées. Ça se mêlait à des histoires que j'avais commencé à créer en plus.

Il y en a même un que j'ai dû refuser, je lui ai expliqué pourquoi. Il développait un truc qui intervient dans le tome 2. J'étais désolée, mais il a compris, il était fier de lui. Le mec il développe un truc, et c'est mon histoire !

Ils sont nombreux à avoir des idées complètement renversantes. Ils m'ont fait halluciner sur ça. La qualité du dessin varie vraiment, mais je pense que c'est un truc à prendre pour la plupart. One Piece les a motivés. Ils sont fous, mais justes. Ils sont trop biens.

Tu disais tout à l'heure que Radiant parle des laissés-pour-compte, que c'est quelque chose que tu as déjà développé dans une autre histoire ? Est-ce que c'est quelque chose que tu gardes en tête quand tu écris, qui est vraiment important pour toi ?

Oui, carrément. En fin de compte, je me rends compte maintenant que c'est sans doute une des choses qui m'ont amené à vouloir raconter des histoires. Je mets dans Radiant un paquet de choses que j'ai vécu, que des amis ont vécu. J'ai grandi dans une cité bien hardcore. Moi je suis blanc, donc ça allait, quand je sortais de la cité on ne me remarquait pas. Mais il m'est arrivé des trucs hallucinants avec des potes. On nous pointait du doigt alors qu'on n'avait rien fait. On était super réglo, mais juste des potes noirs, arabes, ou juste on était fringué comme il ne fallait pas...

Je pense que ça m'a beaucoup travaillé. Et vu que je travaillais mes histoires en parallèle, finalement ça ressort là.

C'est une ligne directrice, je ne me force pas à le mettre du tout. C'est l'histoire que j'ai voulu raconter. Je l'ai compris pendant que je faisais le tome 1, et maintenant j'essaie d'élargir sur le sujet. Parler de choses importantes.

Quel a été ton premier choc en manga ?

Dragon Ball. C'est passé d'abord avec le dessin animé, je suis tombé épileptique devant les dessins animés, puis je me suis mis à lire les mangas. Ranma ½, j'étais vraiment à fond aussi.

Dans les trucs qui m'ont remis dedans, parce que j'avais laissé de côté un peu, Naruto m'a redonné goût au manga. Et puis mon manga favori aujourd'hui, c'est One Piece.

Et plus largement, les titres qui t'influencent pour créer Radiant ?

C'est essentiellement One Piece. Il y a tellement de choses dedans que c'est intarissable, comme source d'inspiration c'est fou.

Il y a Kaamelott. Dans les dialogues évidemment, mais aussi dans la manière dont il travaille ses personnages au fur et à mesure, dans les saisons. L'écriture. Ça me fascine.

Après les romans que je lis. L'Épouvanteur, un roman jeunesse, m'a pas mal influencé.

Je suis assez éclectique sur les romans, et quand un truc m'intéresse, je rebondis dessus, ça donne lieu à quelque chose dans Radiant, malgré moi.

Et quels sont tes projets actuellement ?

Je suis sur la suite de Radiant. Je fais aussi le troisième et dernier tome de S.P.E.E.D. Angels, une série que je fais en parallèle. Puis j'espère me consacrer juste à Radiant. Pour l'instant c'est prévu en trois tomes, mais mon histoire va bien plus haut. On verra.

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