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Japan Expo 2014 - L'interview de Mig (Ogrest)

Manga Le 02 sept 2014
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par Elsa
Japan Expo 2014 - L'interview de Mig (Ogrest)

Avec Dofus, Ankama a su créer un univers transmédia particulièrement riche. Jeux vidéos, mangas, bandes dessinées, dessins animés, jeux de cartes... De nombreuses époques ont été développées, et encore plus de personnages sont devenus les héros de l'un ou l'autre support.

L'une des dernières créations en date de cet univers est Ogrest, un manga prévu en cinq volumes mettant ce petit ogre à l'honneur. Une création de Mig, un artiste touche-à-tout qui connait le Krosmoz comme sa poche.

Ogrest est un manga plutôt shonen, mais qui laisse une large part au développement des personnages et à leurs sentiments, que l'on peut lire sans connaitre le reste de l'univers Dofus. Le dessin de Mig est très beau, et ce premier tome est vraiment plaisant à lire.

Mig était présent à la Japan Expo et a répondu à nos questions. Il nous parle de son parcours atypique, de ses influences et de son travail sur Ogrest.

Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?

J'ai fait l'ESAAT à Roubaix, avec un brevet de technicien option dessin animé. 

Dans mon parcours professionnel, j'ai toujours oscillé entre la bande dessinée et le dessin animé. Depuis tout petit, j'ai beaucoup dessiné. Je voulais être dessinateur, dans le sens du métier où je voulais toucher à tout.

Ensuite j'ai fait un BTS EVEC (expression visuelle espace de communication), qui est plus le développement de décor. On a beaucoup travaillé la perspective, le dessin des décors pour les réaliser en vrai. Il y avait un aspect technique intéressant.

En 95 j'ai commencé à bosser pour le studio qui s'occupait des produits dérivés Astérix. Je ne faisais pas de la bd, mais j'étais déjà dans l'univers, et j'y ai appris à utiliser les pinceaux et l'encre de Chine. J'ai d'abord fait de la retouche, jusqu'à pouvoir utiliser les personnages dans des scènes complètement créées, avec de gros enjeux puisque ce sont des personnages très connus.

En 2000, je me suis mis en indépendant, surtout pour développer mes propres bandes dessinées. J'ai commencé avec Sam Lawry et Le Messager, édités chez Bamboo Editions dans la collection Grand Angle. On a ouvert cette collection réaliste avec le scénariste Hervé Richez, qui en est par la suite devenu le directeur éditorial.

Je travaillais en parallèle sur beaucoup de personnages de licence, surtout Disney. J'ai été formé à Milan, j'y ai appris à manier les personnages, et à travailler sur la composition des images, ça a été très formateur.

En 2008 je suis arrivé chez Ankama, pour rejoindre le dessin animé Wakfu. J'ai commencé en tant que character designer, l'élaboration des personnages. J'ai ensuite pris la tête de l'équipe sur toute la saison une. 

En 2010 j'ai alterné entre les parties édition et animation d'Ankama. Il y a plein de projets différents, et j'aime bien avoir cette possibilité de changer d'air régulièrement. En 2012, Tot m'a demandé de développer de nouveaux projets en bd, dont Ogrest.

J'ai écrit plein de choses, certaines sont parties à la poubelle, d'autres se retrouvent dans les magazines, et Ogrest est revenu en avant. C'est un personnage qui me tient beaucoup à cœur. Depuis mes débuts chez Ankama, je me suis toujours dit qu'il allait être développé par quelqu'un d'autre, et finalement non, donc j'ai sauté sur l'occasion.

Ce n'est pas quelque chose qui m'a été imposé, c'est vraiment moi qui me suis servi de ce petit personnage et de son environnement pour écrire des choses plus personnelles. J'ai travaillé sur ce projet tout en faisant pas mal d'autres choses en même temps. Et je voulais écrire les cinq tomes d'un coup, parce qu'il y a toute une espèce d'enchevêtrement de personnages, ce sont plein de liens, de vies différentes qui s'entrecoupent. C'était important que je définisse tous les destins, pour savoir comment j'allais les faire se croiser. Pour ça j'ai travaillé avec Élise Storm, qui s'occupe d'une bonne partie des bd chez Ankama, et notamment celles de Krosmoz (Dofus/Wakfu). On a beaucoup discuté, et ça m'a vraiment été très profitable.

Comment résumeriez-vous Ogrest ?

Si je faisais un truc très bref, ce serait 'Une histoire d'amour violente'. La base d'écriture c'était un peu ça.

Je voulais écrire quelque chose sur la relation des personnages entre eux, développer leurs sentiments. Quand on dit histoire d'amour, on pense tout de suite à quelque chose de manichéen et tout, mais je voulais surtout raconter l'histoire de ce petit ogre, venu au monde un peu par accident, et qui doit évoluer dans un monde qui ne l'attendait pas. Il doit trouver sa place. Il évolue comme un enfant, il a l'impression que le monde bouge autour de lui, qu'il est le centre de tout. Et il découvre au fur et à mesure que non, et doit faire avec... ou pas.

Et est-ce que c'est compliqué ou au contraire libérateur d'inscrire une histoire dans un univers déjà existant ?

Ça peut être compliqué, mais j'ai eu deux avantages.

Déjà, ça fait plus de six ans que je suis chez Ankama, j'ai pu aborder plein d'époques, de travaux différents chez eux. Et j'ai une grande habitude sur la licence, après avoir travaillé sur Astérix, Winnie... J'ai appris à rentrer directement dans une licence, en sachant comment aborder l'univers. Prendre les grands axes, savoir ce que je dois prendre, ce que je dois laisser de côté. 

Et puis j'ai participé à énormément de projets. On discute entre nous, on entrecoupe des éléments. C'est quelque chose qu'on fait de plus en plus. Dans Ogrest, il y a des personnages qu'on retrouvera dans les OAV, les trois spéciaux qui sortiront au mois d'octobre sur France 3. C'est plutôt sympa de pouvoir toucher à tout, de commencer à développer des choses en se disant qu'on va faire quelque chose d'énorme. Et toujours en conservant le côté fun, c'est primordial dans les titres d'Ankama.

Ça paraît accessoire comme ça, mais c'est typiquement ce qu'on peut retrouver dans le manga et dans le comics. Se dire que même s'il y a du dramatique, il faut garder un aspect attrayant. Il y a un côté 'spectacle', même si c'est de la bd. C'est une distraction, et même si on a envie de faire passer des sentiments, des idées, des thèmes, il ne faut pas oublier ça. On doit aussi passer un bon moment, même pour raconter des choses comme le Chaos d'Ogrest.

Est-ce que ça a été compliqué de s'adapter au format manga ?

Non, parce que j'ai toujours utilisé plein de formats différents. Mon format le plus petit, ça a été sur Astérix avec les touts petits livres Nutella. On reprenait des cases, mais parfois on changeait un peu la fin etc. Et on n'avait pas d'ordinateur, on faisait tout à la main, c'était très méthodique.

Pour Ogrest, je faisais les planches au format A3, mais en travaillant mes planches avec la finalité du petit format.

Et puis j'ai toujours aimé le noir et blanc, je suis un grand lecteur de manga depuis longtemps. C'est toujours difficile de développer un projet en noir et blanc dans le franco-belge. Pour moi c'est quelque chose de grand public, facile d'accès, mais en franco-belge c'est considéré comme quelque chose de luxueux aujourd'hui.

Dans le manga on retrouve ça, avec aussi ce côté épisode que le franco-belge a perdu, le développement des personnages, la grande pagination. Et il y a ce côté pratique, rien que pour le transporter. Il n'y a vraiment pas le même public d'ailleurs. Dans les salons franco-belge, on a surtout des collectionneurs devant nous, alors que là (à la Japan Expo), on a des gens qui viennent découvrir, sont passionnés, et sont plus jeunes aussi. En même temps j'aime bien avoir ces deux aspects.

Et quels outils avez-vous utilisé sur Ogrest ? 

Vraiment du traditionnel. Au début j'ai commencé avec des feutres noirs pour aller plus vite, mais en fait je suis tellement habitué à la plume et aux pinceaux que je suis revenu à ça. Ça me permet d'être plus dans la spontanéité du dessin. Et même pour les retouches, je préfère les faire directement sur la planche, quitte à faire des rustines.

Quelles sont vos principales influences pour Ogrest ?

Dans la narration, il y a vraiment Naoki Urasawa, XXth Century Boys. Pluto aussi. Dans XXth, ce que j'aime c'est qu'il y a une pléïade de personnages, mais tous sont reconnaissables, bien caractérisés, et en même temps il ont de la profondeur. Ce qui est très fort, c'est de les voir à différentes périodes de leur vie, et les reconnaître. Je suis fan d'Ottomo, en bande dessinée comme en anime.

En parallèle d'Ogrest, j'ai dessiné Un petit livre oublié sur un banc.  L'écriture de Jim a vraiment influencé ma manière d'aborder les choses. Parfois ce sont juste des mots, des situations qui laissent une très grande liberté, et en même temps on sait pertinemment où il veut en venir. Il y a des scènes de silence que j'aime vraiment, on retrouve ça dans Ogrest.

Plus globalement j'ai toujours lu beaucoup de choses en franco-belge, en manga, en comics, donc j'ai plein d'influences. On retrouve un peu du Bilal, Yslaire aussi. Dans Sambre, il y a un aspect romantique, mais très dramatique. J'ai toujours aimé ce ton-là, comme si le drame plânait sur tout, mais les personnages continuent d'avancer et de tenter d'être heureux malgré le couperet qui doit tomber à un moment ou à un autre. Ses couleurs aussi. Il se limitait là-dedans, et c'est vraiment magnifique.

Il y a Will Eisner aussi, l'aspect narratif, mais aussi son dessin très spontané, son travail en noir et blanc. Je suis vraiment fan de la bande dessinée en noir et blanc. Comme Jordi Bernet pour Torpedo, même Walking Dead en plus récent. Le noir et blanc fait vraiment série, grand public. Les éditeurs aujourd'hui vendent les livres très chers en disant que c'est de l'art. Je viens d'une génération avec les Pif Gadget etc, à très bas prix. On a perdu ça, malgré quelques tentatives.

Pouvez-vous nous parler de la suite d'Ogrest ?

Le tome 2, ça sera début 2015. Là j'étais un peu en flux tendu, je voulais absolument finir le tome 1 pour la Japan Expo. Pas que ce soit décisif au niveau des ventes pour un album, mais je tenais à avoir un premier avis des gens, c'était un espèce d'enjeu. Et le tome 3, ça devrait être fin 2015.

Ne pas avoir un tome par an. Je n'aime pas trainer sur une série. Ne serait-ce que pour le lecteur, qu'il ait vite la suite. Ça sera en cinq tomes, donc le but serait d'avoir la fin en 2016.

Quel a été votre dernier coup de coeur manga ou bd ?

Là je suis sur Bakuman, mais ça n’est pas nouveau. J’ai acheté beaucoup de choses, mais vu que j’étais sur Ogrest je n’ai pas trop lu.

Mais j’ai toujours abordé le manga, la bd, le comics avec beaucoup de curiosité en tant que lecteur.

Il y a la revue AAARG ! qui est super. On retrouve un esprit qu’il pouvait y avoir dans Ferraille par exemple, avec un côté grand public et fun en même temps.

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Ogrest tome 1
Ogrest tome 1 Ogrest tome 1 2014
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