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La précarité ne faiblit pas chez les auteurs BD

Franco-belge Le 27 jan 2016
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par Alfro
La précarité ne faiblit pas chez les auteurs BD

Il y a tout juste un an, lors de la dernière édition du Festival International de la Bande Dessinée d'Angoulême, se tenaient les premiers Etats Généraux de la BD. Lancés sous l'impulsion de Denis Bajram et présidés par Benoit Peeters suite au tolé provoqué par l'augmentation des cotisions retraites des auteurs, ceux-ci s'étaient pour mission de réunir durant toute cette année assez de données pour pouvoir faire un bilan de la situation des différents artistes vivant de la BD (qu'ils soient scénaristes, dessinateurs, mais aussi encreurs ou coloristes).

Avant que l'ensemble des chiffres soient communiqués lors du FIBD qui ouvrira ses portes demain, Le Monde a pu y jeter un œil et donner un premier aperçu de ce que nous apprennent ces données (réunies auprès des auteurs, qu'ils soient professionnels à temps complet, partiel ou même amateurs).

Premier constat, qui permet d'établir que la précarité des auteurs de BD n'est pas une chimère, 53% des artistes interrogés (environ 3000 personnes) déclarent toucher un revenu inférieur au SMIC. Pire, 36% de ceux-ci vivent sous le seuil de pauvreté. La BD n'échappant à l'inégalité existant dans le monde du travail entre femmes et hommes, ces premières déclarent même qu'elles sont 67% à vivre avec moins d'un SMIC et elles sont même 50% à vivre sous le seuil de pauvreté.

Certains arguments très malheureux qui avaient été avancés par les instances officielles statuaient que les auteurs de BD ne "travaillaient peut-être pas assez", justifiant leurs faibles revenus. Cependant, l'étude révèle que la moitié des artistes interrogés travaillent plus de quarante heures par semaine. 71% d'entre eux déclarent avoir un emploi parallèle pour joindre les deux bouts.

Une situation précaire qui s'intensifie quand on apprend que 88% de ces auteurs n'ont jamais bénéficié d'un congé maladie. Ce qui est particulièrement ironique quand on sait que ce qui a déclenché ce mouvement est justement une augmentation des cotisations. Une situation qui évidemment joue sur le moral des artistes, dont 66% pensent que la situation va se dégrader.

Difficile de les contredire quand on voit que les inégalités vont en s'intensifiant dans ce domaine aussi. En effet, si les gros noms sont définitivement bien installés, l'un d'eux ayant même déclaré un à-valoir (l'avance sur les droits d'auteur) de 160 000€, la frange médiane se paupérise sérieusement tandis que les auteurs plus marginaux sont en train de disparaitre (ou de se réinventer, nous y reviendrons lors du festival).

Nous vous ferons suivre le reste des conclusions de l'enquête qui seront dévoilés lors de la seconde assemblée des Etats Généraux de la BD qui se tiendront ce week-end et que nous allons couvrir dans leur ensemble. Cependant, on peut en tirer un premier constat, la profession est plus que jamais en danger et comme l'affirme Jeanne Puchol, dessinatrice qui a entre autres fréquemment collaboré avec Rodolphe, interrogée à l'occasion de cette enquête, la BD est un art qui va s'embourgeoiser et laisser de moins en moins de place aux franges les plus populaires (dont sont pourtant issus la plupart des grands auteurs).

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