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Pénélope Bagieu en live FB sur Bubble pour son album Sacrées sorcières

Franco-belge Le 17 dec 2020
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par La Redac
Pénélope Bagieu en live FB sur Bubble pour son album Sacrées sorcières

En adaptant ce livre mythique de Roald Dahl, Pénélope Bagieu installe son Sacrées sorcières comme un incontournable de la bande dessinée jeunesse. Oui : son Sacrées sorcières, car l’autrice a eu carte blanche de Luke Kelly, petit-fils de Roald Dahl, pour adapter l’histoire à sa sauce. Un conte déjà brillant, drôle et touchant que la dessinatrice modernise en incluant une héroïne et des références plus contemporaines. 

Passer après le grand illustrateur Quentin Blake qui avait donné vie à ses personnages (et à tous ceux de Roald Dahl) n’est pas chose facile, mais Pénélope Bagieu est aussi rusée que ses personnages et installe de nouveaux protagonistes, change d’époque tout en gardant certains codes de l’illustrateur anglais. La continuité est réussie, dans l’imagination du lecteur qui connaissait les illustrations originales, et les ajouts bienvenus. 

En 300 planches, l’autrice des Culottées s’approprie les 240 pages de ce roman jeunesse dense, aux descriptions fournies et aux discours éloquents. Une histoire resserrée autour de quelques personnages : le petit garçon qui vit avec sa grand-mère, les sorcières et leur cheffe la Grandissime sorcière. Mais aussi une petite fille qui va accompagner le héros en place d’un autre garçon dans le roman original. Pénélope Bagieu a inventé cette jeune fille futée, qui marche en tandem avec le garçon, à la fois pour moderniser l'œuvre et lui donner un côté plus contemporain, dans les dialogues et les quiproquos, que pour donner aux jeunes lectrices une héroïne à laquelle ils peuvent s’identifier.

Un jeune garçon orphelin vit désormais avec sa grand-mère un peu extravagante. Pour l’aider à surmonter le deuil de ses parents, elle lui révèle un secret en dévoilant l'existence des sorcières. Parmi toutes ces excentricités, elle dévoile entre deux bons cigares que son doigt manquant est une conséquence de sa rencontre avec ces créatures. S’en suit une méthodologie pour les repérer et des conseils pour les éviter, elles qui se fondent dans la masse déguisée en femmes. Perruques, gants et chaussures sont leurs principaux artifices pour nous tromper, mais elles se tiennent tranquilles, discrètes sauf quand il s’agit d’enfants qu’elles détestent. Alors quand le médecin de famille décide de les envoyer en cure dans un hôtel de bord de mer et que notre jeune ami tombe sur le congrès national des sorcières qui projettent de transformer tous les enfants en souris, c’est le début de l’aventure. 

L’album balance entre l’humour et le côté sombre de cette histoire, entre la comédie et ce récit initiatique. La dessinatrice garde le ton & l’ambition de Dahl d’aborder des sujets difficiles sans phare, de parler de la mort, de la maladie, des épreuves de la vie à travers ce passage à l’adolescence et la fin des illusions. Si la grand-mère lève le voile sur les sorcières, c’est surtout l'innocence du héros qui s’en va, si les enfants vont devoir se méfier des apparences, c’est une leçon pleine de bon sens qui transparaît dans ces lignes, si les jeunes héros voient leur corps changer et doivent l’accepter dans cette irréversible transformation, un rappel que les parents vous aiment tels que vous êtes, et c’est rarement une chose que l’on trouve dans les romans jeunesse. 

Effrayante, monstrueuse, la Grandissime sorcière incarne la peur, le danger et la mort. Sous ses traits humains, elle a déjà une allure inquiétante, mais une fois le masque tombé c’est une bête horrible, bien plus inquiétante que ces sœurs sorcières qui restent quasi-humaines si on accepte les doigts crochus, les pieds sans orteils et l’absence de cheveux. Justement Pénélope Bagieu intègre quelques apartés et réflexions sur le concept de sorcière, une manière élégante de revenir sur la misogynie associée à cette figure récemment réhabilitée par la journaliste Mona Chollet mais aussi pour revenir sur les épisodes de chasse aux sorcières et les préjugés associés aux femmes fortes, aux célibataires sans enfants ou aux femmes âges. 

Graphiquement l’autrice joue de cette opposition en confrontant les deux grandes figures de son récit : cette grand-mère rock’n’roll, bienveillante et indépendante et la Grandissime sorcière, effrayante figure de pouvoir. Deux facettes de ce monde adulte, deux visions de la vie, deux points de vue sur les femmes. 

Couleurs pop, cadrages ingénieux, le style de Pénélope Bagieu lui permet de montrer plusieurs facettes du mythe de la sorcière, de l’ouverture avec celle du Magicien d’Oz à celles des contes de fées, une manière ludique de souligner que "Ce ne sont pas des femmes [...] elles ont l’apparence de n’importe quelle femme".

Une belle histoire de transmission, remise au goût du jour, assez différente des adaptations ciné qui ravivera vos souvenirs de lecteurs. Un album à lire en famille pour aborder pas mal de sujets difficiles et rire ! Vous avez une chance d’en savoir un plus, ce jeudi à 18h ; et de poser toutes vos questions à l’autrice durant un live Facebook dédié. On espère que vous serez au rendez-vous ! 

Tous les Lives sont accessibles en replay, la liste des 21 premiers est disponible ici.

 

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Thomas Mourier
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Illustrations : © Pénélope Bagieu / Gallimard

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