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Manga numérique : droits d'auteurs et tour de vis

Manga Le 12 avr 2021
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par La Redac
Manga numérique : droits d'auteurs et tour de vis

Les chiffres sont tombés : 2020 aura été l'année du manga numérique. Déjà en progression constante face à son pendant physique / papier, la consommation numérique de manga ne fait que croître depuis des années et la tendance a plus qu'explosé en 2020 au Japon avec plus de la moitié du chiffre d'affaire de l'industrie généré en ligne. La faute à la pandémie, bien sûr, mais aussi aux évolutions des pratiques et des usages.

Face à ce constat (qui fait malgré tout les affaires des éditeurs : 342 milliards de yens sont issus de cette part de marché), les géants du manga gardent néanmoins la tête froide et ne perdent pas de vue les moindres pertes d'argent susceptibles de poindre le bout de leur nez. En un mot comme en mille : mort aux scans !

Le roi des pirates, ce sera...

Partie intégrante (et illicite) de la consommation de manga dans le monde, le scan ou scantrad désigne la pratique consistant à mettre en ligne ou à lire en ligne les chapitres d'un manga sans le consentement des ayants-droits et bien souvent gratuitement. La pratique est très répandue dans tous les pays du monde car elle permet aux lecteurs de découvrir les derniers chapitres de leurs séries préférées dès leur diffusion au Japon sans attendre les délais éditoriaux propres à leurs pays.

Pour l'exemple de One Piece, première série manga au monde, il n'est pas rare de voir la série en top tendance sur Twitter tous les mercredis ou jeudis, dates correspondant aux mises en ligne sur les sites de scans des chapitres sortis la veille au Japon. Preuve, s'il en fallait, de la grande popularité de la pratique. Et naturellement, les ayants-droits (auteurs comme éditeurs) ne voient pas cela d'un bon œil. 

La lutte contre le scan en France est une arlésienne du numérique, comparable à la lutte contre le téléchargement illégal. Un doux rêve pour la police du net qu'il est en pratique bien difficile de mettre en place, les sites rouvrant quelques heures à peine après leur fermeture. Il est en outre très difficile de retrouver les coupables pour les trainer devant les tribunaux du fait de l'anonymat sur internet.

Mais au Japon, la donne a changé et l'impunité des pirates risque bien d'être un lointain souvenir. Une décision de justice historique en faveur de Shogakukan (un des plus gros éditeurs de manga au Japon) contre un site ayant hébergé des scans pourrait faire jurisprudence pour toutes les affaires similaires. L'éditeur a en effet obtenu aux tribunaux l'obligation pour le site de diffuser l'identité du pirate, en vue d'une condamnation. 

Cette première rupture de l'anonymat sur le net offre un nouvel espoir aux éditeurs et ayants-droits de voir leurs plaintes contre les sites de scan aboutir, alors qu'auparavant ils étaient quasi-systématiquement déboutés. 

Manga et tribunaux : les feux du désamour

Cette décision de justice n'arrive en outre pas à un moment anodin. Depuis plusieurs mois déjà, des discussions et polémiques autour du manga et du droit d'auteur secouent l'industrie, notamment autour du cosplay. Cette pratique consistant à se déguiser en ses personnages préférés, partie fondamentale s'il en est de la culture manga, est dans le viseur des éditeurs au même titre que les scans pour réguler la pratique, et, ne nous mentons pas, grappiller quelques piécettes au passage.

La question se pose lorsque le cosplay devient commerce : si un cosplayer professionnel vend un costume de Son Goku, peut-il empocher toute la somme ou en doit-il une part aux ayants-droits ? Au delà des considérations morales (chacun est libre de se faire sa propre opinion sur le sujet), d'un point de vue pénal la réponse n'est pas claire. Et des concertations entre le gouvernement Japonais et des spécialistes du secteur (cosplayers comme éditeurs) sont en cours pour trouver une porte de sortie convenable à tous. Gageons toutefois que dans ces négociations, les éditeurs ont plus de poids que les cosplayers... On est donc en droit de s'attendre à une décision compliquée pour ces derniers.

Néanmoins, toutes ces mesures et évolutions du droit autour du manga ne concernent, pour l'heure, que le Japon. Dans le reste du monde et en France, les législations sont bien différentes et les préoccupations autour du manga sont moins prioritaires qu'elles ne peuvent l'être au Japon. Le statu quo sur les scans et l'absence quasi totale de régulation du cosplay en France ont donc encore de beaux jours devant eux, pour le meilleur comme pour le pire.

 

Sources : La justice condamne la diffusion de spoilers de mangas et Japon : légiférer sur le cosplay, délicat exercice du gouvernement, chez Actualitté.

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Article rédigé par Jaime Bonkowski

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